"Notre printemps est un printemps

Qui a raison "

Paul Eluard



vendredi 30 décembre 2011

Un sit in pour les outardes

Aujourd'hui vendredi ,  sit in un peu particulier devant l'Ambassade du Qatar.

Sit in à l'initiative de plusieurs associations environnementales avec pour slogan : "il faut sauver les dernières outardes de Tunisie du braconnage".
En effet , du temps de Zaba, les émirs qataris et autres princes du Golfe avaient l'habitude de venir chasser en Tunisie outardes et gazelles pourtant protégées par les lois tunisiennes. Les associations ayant eu vent d'une demande de ce type au Ministère de l'Agriculture ont donc alerté la presse et les médias.

Photo Ecolomagtunisie

L'outarde houbara est une espèce rare et menacée qui a déjà disparu dans de nombreux pays. C'est un oiseau bien adapté aux environnements désertiques.

A mi-chemin entre le faisan et l’autruche, l’outarde est un oiseau qui est présent autour de la Méditerranée. En Afrique du Nord, il se retrouve surtout en Tunisie. L’outarde compte parmi ces oiseaux dits marcheurs. Malheureusement leur effectif diminue d’année en année. On peut trouver la petite et la grande outarde. 
En Tunisie, de nombreuses causes sont à l’origine de cette menace de disparition de l’espèce. D’un côté, son habitat naturel diminue en termes de superficie ... et de l’autre, l’outarde fait l’objet d’une chasse touristique massive due surtout au fait que sa chair est très appréciée.
Au rythme actuel, l’outarde risque malheureusement de disparaître très rapidement du territoire tunisien. 

vendredi 23 décembre 2011

Un nouveau gouvernement pour la Tunisie


Après de multiples rebondissements, la Tunisie a enfin un gouvernement en état de marche. 

Hamadi Jebali - Photo Business News


Hamadi Jebali a présenté ses 41 ministres après le tollé provoqué par les quelques 51 postes annoncés au départ. C'est sans compter non plus sur les 4 ministres supplémentaires "ministres conseillers" délégués directement auprès de Jebali et qui ne siégeront pas au Conseil des Ministres ! mini gouvernement à la botte de Jebali ? gouvernement de l'ombre ?

Officiellement, le gouvernement compte 19 membres appartenant à Ennahdha, 6 au CPR, 6 autres à Ettakatol et 11 indépendants. Or, à voir de plus près, on constate qu’un bon nombre de ces indépendant sont de tendance islamiste avérée.
Après les grands élans de la révolution et les grandes déclarations sur les valeurs d'équité, de parité , de représentativité on cherche en vain où sont les femmes (3 seulement) et où sont les jeunes ... 
En présentant son programme Jebali a estimé que " les mesures urgentes et vitales" figurant dans le programme préparé sous l'ancienne équipe de Essebsi sont à la portée de son gouvernement.
Ces objectifs sont réalisables, car la politique du nouveau gouvernement, va être axée, selon le Premier ministre, sur la «lutte contre la corruption et la garantie de l’indépendance et de la compétence des institutions de contrôle financier», outre «l’approche de transparence et d’austérité qu’adoptera  l’équipe gouvernementale».

Or voilà, il se trouve que déjà des experts, des économistes, des universitaires ont réagi vivement à ce programme indiquant que celui ci 
reflète les bonnes intentions de ses concepteurs» mais manque, néanmoins, «d’objectifs quantitatifs clairs et de mécanismes efficaces pour leur réalisation». 
Il semble aussi que constituants et ministres ont surtout oublié que la mission essentielle pour laquelle ils ont eu les suffrages du peuple est de confectionner la future Constitution, l’adoption du nouveau système politique et autres codes, et particulièrement le code électoral...



mercredi 14 décembre 2011

Djerba la douce

La vie politique tunisienne éclipserait elle la vie quotidienne tout court ? A en croire ce blog oui, mais dans la réalité non bien sûr !
Pendant que les députés de la Constituante travaillent d'arrache pied, la vie continue ici à Djerba, tranquille et sereine...
Les touristes sont attendus de pied ferme pour les vacances de fin d'année et il est vrai que ce week end de nombreux avions ont survolé Houmt Souk avant de se poser sur l'aéroport. Tout compte fait, ce sont des bruits agréables, annonciateurs de retour à la normale !
J'espère une chose c'est que ces touristes ne resteront pas cloîtrés dans leur hôtel "grâce" au all inclusive proposé par les T.O. (buffet, bronzette, thalasso) mais qu'ils n'hésiteront pas à sortir de leur hôtel pour visiter l'île ses paysages et son architecture, pour découvrir les musées, pour se promener dans les souks et y découvrir de multiples merveilles, ou tout simplement goûter aux spécialités tunisiennes dans les nombreux restaurants et gargottes, ce qu'ils ne trouveront pas dans leur hôtel 4 étoiles...

"gazoul"

C'est en sortant de ces "ghetto", c'est en allant au contact des autres, qu'ils pourront effectivement se faire une idée de ce qu'est la vie tunisienne.
En ce moment sur les bords des routes, on voit des enfants qui agitent devant les automobilistes, des bottes de "gasoul" les priant de s'arrêter et d'en faire l'achat pour quelques millimes... Il  s'agit d'une sorte d'oignon ou d'ail sauvage à l'odeur très prononcée que les enfants ramassent pour le vendre. Les djerbiens en sont très friands , ce gazoul est écrasé, pilé, on lui rajoute huile d'olive et un peu d'harissa et il parfume ainsi différents plats ou même des sandwichs.  
Alors , bon appétit ! Chahiya tayiba !

mardi 13 décembre 2011

Un Président pour la Tunisie

Un mois et demi après les élections de l'Assemblée Constituante, la Tunisie se dote enfin d'un Président de la République pour une période transitoire à durée indéterminée.

10 candidats s'étaient présentés, 9 ont été rejetés pour n'avoir pas rempli les critères demandés, il n'en reste qu'un et ce sera celui là, secret de polichinelle, puisque Moncef Merzouki avait âprement négocié ce poste depuis belle lurette en faisant alliance avec Ennahda. 
L'opposition démocratique  n'avait pas souhaité présenté de candidats et a voté blanc : Ahmed Ibrahim PDM a déclaré "que plusieurs textes votés et plusieurs pratiques observées n’étaient pas conformes à la pratique démocratique" . Maya Jribi PDP a expliqué "qu’il est impossible de présenter un candidat, sans réels pouvoirs, à la présidentielle alors que l’on ignore la durée de son mandat". Afek Tounes (parti libéral) non plus n'a pas présenté de candidat.  
La troïka (Ennhada - CPR - Ettakatol) a donc largement soutenu Merzouki (voir un portrait ici).

Moncef Merzouki - Photo Business News

Le gouvernement est attendu pour les prochains jours.


lundi 12 décembre 2011

"Le prix de la liberté c'est la vigilance éternelle"

Cette phrase attribuée à Thomas Jefferson, 3ème Président des Etats Unis, les députés de l'opposition  de l'ANC (Assemblée Constituante) ont tout à fait intérêt à la prendre en compte et à en faire leur bréviaire.
Une semaine après le début des débats pour mettre en place les nouvelles institutions du pays, et en attendant que Moncef Marzouki soit sacré Président de la République (cet après midi) , quelques journalistes commencent à faire les 1ers constats, c'est le cas dans Business News.

Pour récapituler, les divers articles du projet portant organisation provisoire des pouvoirs accordent tous les pouvoirs réels et concrets au seul chef du prochain gouvernement. Tel était le souhait d’Ennahdha qui, faut-il le reconnaître, a été clair dès le départ en affichant ses intentions en faveur d’un régime parlementaire....  Par contre les partis du CPR et d’Ettakatol qui se disaient progressistes et plus proches de la gauche semblent avoir enterré leurs idéaux pour servir « l’intérêt national », et ce en récoltant deux postes honorifiques de président de la Constituante et de président de la République et quelques miettes au sein du prochain gouvernement.
Parmi les textes adoptés, un article concernant l'indépendance de la justice

Il est impératif, par ailleurs, de mettre l’accent sur le texte adopté de l’article 21, relatif au pouvoir judiciaire qui, dans tous les pays du monde, constitue un pouvoir totalement indépendant et, même, au dessus des deux autres pouvoirs exécutif et législatifs.
Mais chez nous, en cette période censée consacrer l’indépendance de la magistrature, les nouveaux maîtres de la Tunisie ont tenu à avoir la mainmise sur ce secteur en rejetant le principe d’une instance judiciaire supérieure élue et en optant pour une instance formée par la Constituante et sous sa tutelle. Autrement sous la coupe et l’influence du trio de la majorité et, plus précisément, du parti dominant.

Je parlais plus haut du "sacre" et non pas de l'élection de Moncef Merzouki comme président. Je pense qu'il était prêt à tout pour avoir ce titre, il y pensait déjà en janvier lors de son retour d'exil . Mais le plus grave dans l'histoire c'est que la Constituante (et donc son parti, soit disant grand défenseur des droits de l'homme) a voté un article profondément discriminatoire à savoir que le Président de la République doit obligatoirement être de nationalité tunisienne, de parents tunisiens et de religion musulmane, en excluant de fait par exemple les bi nationaux ou les juifs qui forment une partie des citoyens tunisiens de ce pays. Certains s'inquiètent donc, et à juste titre, de cette mini constitution qui met à mal des valeurs universelles telles que justice et droits de l'homme.
J'avais placé en tête de ce blog une petite phrase de Marzouki prononcé à son retour d'exil " ce qui est magnifique c'est que des poussières d'individu se sont enfin constituées en peuple" , phrase que je retire désormais n'ayant plus aucune confiance dans cet homme assoiffé de pouvoir.



mercredi 7 décembre 2011

La vie (politique) continue


Mon installation dans ma nouvelle demeure m'occupe beaucoup et de ce fait le temps dévolu quotidiennement à ma revue de presse s'est bien amaigri...
Quoi de neuf ? eh bien pas grand chose en fait ou plutôt mille et une choses qui font maintenant le quotidien de la Tunisie : sit in, grèves, provocations diverses , tout ceci dans un contexte économique difficile (on estime à plus de 18% le taux de chômage pour 2011).
Et dans ce climat délétère, les choses n'avancent pas vite du coté de la Constituante et les débuts sont assez chaotiques... Hier c'était enfin la première assemblée pleinière et l'objectif était de voter des " lois de base"  (c'est moi qui les appelle ainsi) pour permettre un démarrage des institutions,  aux commissions d'avancer et au futur gouvernement , prévu samedi, de rentrer de suite dans le vif du sujet. Il est vrai que cette tâche est jugée "urgente" par les députés qui s’inquiètent des "risques d’explosion sociale".

En principe , cette assemblée devait plancher pendant un an pour aboutir à la rédaction d'une constitution. Eh bien non ! Elle vient de voter contre la durée limitée à un an . Comme l'info date de ce début d'après midi, je n'ai pas plus de précision. 

Par ailleurs, les frontières sont de nouveau fermées avec la Libye suite à des intrusions armées sur le territoire tunisien. La situation à Tripoli est préoccupante, forces loyalistes et milices de Kaddhafi continuent de s'affronter.
A Djerba, tout est calme et les djerbiens osent espérer de bonnes arrivées de touristes pour les prochaines vacances de Noël mais ça c'est une autre histoire ! En tout cas, ici le temps est doux et clément et la vie continue paisiblement...




vendredi 2 décembre 2011

Sit in au Bardo

Hier jeudi, à l'image des indignés, les tunisiens ont envahi la place du Bardo devant le siège de l'Assemblée Constituante à Tunis.  

Des milliers de personnes, universitaires, étudiants, représentants de partis politiques, mouvements associatifs, membres de la société civile, ouvriers du bassin minier ont manifesté hier pour exprimer leurs inquiétudes sur l'intégrisme religieux, la corruption, le chômage, mais aussi pour revendiquer un processus de démocratisation transparent et démasquer "les tentatives d'instaurer une nouvelle forme de dictature" à travers les projets de lois en étude à la Constituante.


Cela a démarré par une grève des professeurs d'université pour protester contre des islamistes qui réclament le droit pour les étudiantes d'assister au cours en niqab ! (ce qui est interdit actuellement).
Puis les mineurs de Gafsa ont commencé à installer des tentes et sont déterminés à rester tant que leurs revendications ne seront pas satisfaites, estimant que le concours de recrutement de la Compagnie  des Phosphates était truqué... 
Bref un immense sit in de protestation pour maintenir une vigilance active par rapport à cette Assemblée nouvellement élue qui s'enlise dans des négociations et des discussions sans fin alors que l'heure est à l'action et que la Banque Centrale de Tunisie sonne l'alarme devant une situation financière difficile. 

jeudi 1 décembre 2011

Le mois des olives

Le réchauffement climatique est à l'ordre du jour, cependant cette année à Djerba l'automne est particulièrement pluvieux. En tout cas bien plus que l'année dernière où je me souviens de belles journées d'automne ensoleillées et chaudes...
Pour qui a l'habitude de voir Djerba en été brûlée par le soleil , c'est une toute autre vision en ce moment, l'île est toute verte ce qui lui donne un visage vraiment particulier.

Campagne près de Cedghriene

Les intempéries ont été abondantes , causant aussi dans le nord du pays de nombreuses inondations. Il est vrai que l'absence de système d'évacuation des eaux rend la tâche difficile. Ici dès qu'il pleut routes et pistes sont inondées mais chacun prend son mal en patience car il suffit ensuite de quelques heures de soleil pour que tout redevienne comme avant.

Dans le sud, la cueillette des olives bat son plein et partout, dans les vastes oliveraies, dans les champs mais aussi en ville, le moindre olivier est assailli par les cueilleurs.

Cueillette à Houmt Souk

Etant donnée l'abondance de pluies au bon moment, la récolte sera bonne, contrairement à celle de l'année dernière.
Dans la presse, on peut lire que la production oléicole de la Tunisie enregistrera cette année une hausse considérable (150% dans certains secteurs). La Tunisie se place au 2ème rang mondial après l'Union Européenne.
Un petit tour sur le site de l'Office National de l'Huile permet de tout savoir sur cette richesse naturelle. Car l'huile d'olive sert pour tout : cuisine bien sûr, soins de beauté, massage etc...

En ce moment, au petit déjeuner, on se régale avec (à la place du beurre) de l'huile d'olive nouvelle avec du pain chaud... En rajoutant une coulée de miel c'est délicieux ! (n'en déplaise aux puristes).

samedi 26 novembre 2011

Femmes tunisiennes

Une femme à l'honneur en Tunisie.

Radhia Nasraoui - Photo TAP

Radhia Nasraoui a reçu le prix "Roland Berger" pour la dignité humaine . Ce prix créé par une fondation allemande a également été décerné à un journaliste syrien et à un avocat égyptien. Radhia Nasraoui , avocate, grande figure militante en Tunisie, est une fervente défenseure des droits de l'homme depuis de très nombreuses années.

Dans le même temps, les femmes tunisiennes restent vigilantes comme elles l'ont montré lors du sit in du 23 novembre devant le siège de l'Assemblée Constituante. En effet, depuis plusieurs mois, avant même l'arrivée de Ennhada au pouvoir, soit par excès de zèle soit que les extrémistes en herbe se croient tout permis, de nombreux incidents à l'égard des femmes ont été notées , surtout à Tunis et dans les grandes villes : professeurs femmes en jupe agressées, filles sommées de se voiler, refus de mixité etc... 
C'est le jeu de tous les extrémistes de pousser le bouchon pour voir jusqu'où cela ira. Il y a certains prêches dans les mosquées qui prônent un retour à la polygamie... Nous ne tarderons pas à savoir jusqu'où veut aller ce nouveau gouvernement avec les nominations des futurs ministres et leur feuille de route..

Hier c'était la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Et la situation tunisienne n'est pas une exception, que ce soit dans presque tous les pays du monde, même si les lois prônent l'égalité et la liberté , dans les faits, dans les huis clos des maisons, dans les entreprises, les femmes sont encore trop souvent victimes du machisme des hommes.

jeudi 24 novembre 2011

Evolutions arabes

Alors que la Tunisie semble prendre le chemin de la démocratie, qu'en est il des autres pays arabes dont les peuples se sont soulevés il y a près d'un an.



Au Maroc  journée importante ce vendredi  élections législatives anticipées pour les Marocains. Le roi choisira le nouveau Premier Ministre dans le parti arrivé en tête aux élections. Il s'agit d"élections proportionnelles par listes.
La nouvelle constitution n'a pour l'instant pas changé grand chose et le Mouvement du 20 février reste en alerte.

En Libye si la dynastie Kaddafi est hors d'état de nuire avec l'arrestation de Seif el Islam, si un nouveau gouvernement de transition s'est enfin autoproclamé ce mardi , la situation reste difficile. Le gouvernement  est déjà vivement critiqué à  l'intérieur du pays. La feuille de route s'avère difficile entre la reconstruction du pays et le nécessaire désarmement des combattants.

L'Egypte fait parler d'elle, contrairement aux autres pays, car les opposants ont réinvesti la Place Tahrir et peut être est ce plus spectaculaire ? Les élections législatives prévues lundi auront elles bien lieu après les affrontements qui ont eu lieu dans tout le pays pour demander la fin du pouvoir militaire. La répression policière a été massive et dure, difficile ensuite après ces évènements de revenir à des élections calmes et sereines.

Au Yemen les violences continuent malgré l'éventuel départ du Président Saleh et la signature d'un accord avec l'opposition parlementaire.

Quant à la Syrie c'est un vrai casse tête. La Ligue Arabe s'est enfin prononcée mais hélas n'a guère de poids toute seule . Elle en appelle donc à l'ONU et envoie un dernier ultimatum à Bachar . Quant à la répression, elle est à l'image de la dictature des Assad, atroce. Ne parlons même pas de l'économie exangue et de la vie quotidienne des syriens depuis 9 mois ... On a coutume de dire que l'effondrement de Bachar déstabiliserait la région. Mais d'autres voix se font entendre.

Une étape de plus !


Le gouvernement de transition de l'après Ben Ali se retire.
Hier, le 1er ministre, Béji Caïd Essebsi a présenté  la démission de son gouvernement au Président de la République Fouad Mebazaâ. En attendant les prochaines nominations, BCE gérera les affaires courantes.
Les rumeurs vont bon train en ce qui concerne les différents portefeuilles à pourvoir et les tractations continuent.

Par ailleurs c'est à une femme Meherzia Laabidi qu'est échu le poste de vice présidente de l'Assemblée Constituante.

A signaler pour approfondir les rapports entre les 3 grands partis au pouvoir,  le blog Tunisie libre de Thierry Brézillon sur Rue 89.

Pendant que la Tunisie s'essaie à la démocratie, la contre révolution n'est pas loin...
Dans certaines régions, Gafsa et Kasserine de violentes émeutes ont été perpétrées (certainement attisées) l'une pour protester contre les résultats du concours de la Compagnie de Phosphates (plus de 2500 emplois créés, la majeure partie dans les régions sinistrées) et l'autre pour protester contre la liste des martyrs de la révolution (non encore validée par la Constituante). Cela sent la provocation. Toujours est il que le couvre feu a été décrété dans la ville minière de Gafsa.


mercredi 23 novembre 2011

Qui est Mustapha Ben Jaâfar ?

Elu hier à la tête de l"ANC (Assemblée Nationale Constituante), Ben Jaafar a prononcé hier son discours d'investiture. Discours consensuel et conciliant certes, mais il a cependant rappelé que le mandat de l'Assemblée Constituante ne devait pas dépasser un an et qu'il fallait placer l'intérêt de la nation au dessus de tout.

Mustapha Ben Jaâfar - Photo Business News



M. Mustapha Ben Jaâfar, élu, hier, président de l'Assemblée nationale constituante, est né le 8 décembre 1940 à Tunis.Après des études secondaires au Collège Sadiki, il a obtenu son Baccalauréat en 1956 et poursuivi ses études en France couronnées par un doctorat en médecine. Il a rejoint le parti du Néo-Destour et milité au sein de l'Union Générale des Etudiants de Tunisie (UGET) jusqu'à 1968.De retour de France en 1970, il a participé à la fondation de l'hebdomadaire Erraï (l'Opinion) et du Conseil des Libertés (1976), ancêtre de la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme (LTDH) dont il sera vice-président de 1986 à 1994.En 1978, il est membre fondateur du Mouvement des Démocrates Socialistes (MDS).Durant la même année, il occupe le poste de professeur à la faculté de médecine de Tunis et de chef de service de radiologie à l'Institut Salah Azaïez jusqu'en 1981, année à laquelle il est désigné chef de service du centre hospitalo-universitaire La Rabta à Tunis. En 1994, M. Mustapha Ben Jaâfar fonde le parti du Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés (FDTL).Il participe à la création du Conseil National des Libertés en Tunisie (CNLT) en 1998. En 2009, il présente sa candidature à l'élection présidentielle mais elle est rejetée "pour vice de forme". M. Ben Jaâfar est marié et père de 4 enfants.

mardi 22 novembre 2011

L'Assemblée Constituante se met en place

Il s'agit bien d'une journée historique qui fera date pour la Tunisie.
Un mois après les élections, on a assisté ce matin à la séance inaugurale de la toute nouvelle Assemblée Constituante sortie des urnes le 23 octobre.

Moment historique donc, ouvert par le député le plus âgé de l'Assemblée, moment qui a commencé par l'Hymne national puis s'est poursuivi par une récitation de la Fatiha en hommage aux martyrs. Puis l'actuel Président Fouad Mebaaza a pris la parole pour rappeler les actions entreprises depuis le 14 janvier. 

Photo TAP

Le premier travail de cette Assemblée sera d'élire à la majorité son Président .
A priori, tout est joué d'avance et les postes clés ont bien été verrouillés après des tractations sans fin.

Pendant ce temps, à l'extérieur, de nombreuses personnes et associations s'étaient réunies afin de clamer haut et fort qu'elles souhaitaient que les valeurs de la révolution : dignité, égalité homme / femme, liberté d'expression, ne soient pas remises en cause.

lundi 21 novembre 2011

La Tunisie attend ses touristes !

Je deviens paresseuse !
Mon précédent post consistait en longues citations prises dans l'excellent article de Sakri Khiari.
Et maintenant je ne trouve rien de mieux que de mettre l'accent sur cet article d' "Investir en Tunisie" en le reproduisant intégralement !
Mais c'est pour la bonne cause !


La principale cause invoquée pour la défection des touristes est leur peur du manque de sécurité en Tunisie. Or, depuis la Révolution du 14 janvier à ce jour, jamais un touriste n’a été ni dérangé, ni molesté, ni agressé, encore moins blessé ou tué.
Aucun attentat terroriste ou autre n’a été perpétré. Les régions touristiques ont continué à mener une vie tranquille, paisible et sereine.
Alors, d’où vient cette peur ? Des images qu’on voit à la télé ?
Les Tunisiens ont fait leur Révolution pour la démocratie, la dignité et la liberté. Maintenant qu’ils l’ont faite, en sont-ils punis ? Est-ce en signe de représailles que les touristes ne viennent pas ?
En fait, ils viennent en Tunisie pour passer des vacances bon marché dans des clubs fermés en tout inclus. Il ne leur pas été demandé de faire de la politique, ni de prendre position, ni de se mêler des problèmes internes. Ce sont des invités de la Tunisie. Ils sont les bienvenus. Ils sont les hôtes de ce pays. Ils seront bien protégés, choyés. Ils passeront un séjour à la hauteur de leurs attentes et retourneront chez eux bien contents.
Ne font-ils pas un amalgame entre la politique et le tourisme qui est une activité économique ?
Cet amalgame s’est amplifié depuis la victoire du mouvement Ennahdha aux élections du 23 octobre. Déjà, ils ont classé la Tunisie comme pays islamiste, donc intégriste, donc terroriste. C’est grave ! Ils se posent les questions : vont-ils interdire la vente des boissons alcoolisées ? Vont-ils obliger les femmes à porter le voile ? Un peu de retenue ! Ils vont un peu vite en besogne. La Turquie est bien un pays dirigé par un parti islamique et la femme du Premier ministre se couvre bien la tête ; et pourtant les touristes y vont par millions.
Les Tunisiens ne se laisseront pas faire et resteront constamment vigilants, jaloux de leurs acquis et de leur liberté.
Alors, chers amis touristes, débarrassez-vous de vos préjugées et de vos craintes infondées.
C’est maintenant qu’il faut venir en Tunisie, pays ami.
Afif KCHOUK 

Commentaires sur la révolution à l'occasion des élections

Lu ce matin sur Nawaat, un long article que je trouve très intéressant pour une meilleure compréhension de la scène politique tunisienne. 

Il est dû à Sadri Khiari qui reprend avec tout le recul nécessaire, et à la lecture des résultats des élections, la genèse de la révolution, les luttes d'influences qui ont suivi, les rapports de forces politiques, comment la rue (la Kasbah) a réussi à imposer ses vues. Il revient aussi à la façon dont est perçu Ennhada, la bipolarisation modernes vs islamistes, le concept de "tunisianité"... Bref un article qui remet les pendules à l'heure et dont je donne quelques extraits pour ceux qui n'auraient pas le courage de le lire dans son intégralité. 


Les nombreux commentaires qui ont suivis ces élections interprètent les conflits politiques en Tunisie à travers une grille de lecture eurocentrée, en termes d’opposition droite/gauche, conservateurs/progressistes ou modernistes/islamistes. Or, ce qui caractérise la Tunisie actuelle ce n’est ni une simple opposition entre exploiteurs et exploités, ni la contemporanéité de sphères modernes et de sphères pré-modernes mais, constitutive d’une même modernité, la juxtaposition au sein des rapports sociaux de modalité de pouvoir capitalistes et de modalités de pouvoir inscrites dans la dépendance coloniale toujours réelle.
L’hypothèse stratégique d’une « transition dans l’ordre », fondée sur un compromis entre élites, à même de préserver les principales institutions du régime (et notamment le RCD), n’était pas irréaliste. Cependant, la profondeur de l’hostilité suscitée par le système Ben Ali a contraint les cercles dirigeants de l’État – et sans doute de nombreux opposants – à faire de nouvelles concessions à la volonté de rupture exprimée par les mobilisations populaires.

En inscrivant la laïcité au cœur du débat politique ou en faisant d’Ennahdha le parti à abattre, les courants « modernistes » ont contribué ainsi à mettre Ennahdha au centre du jeu politique et à faire du respect de l’islam le seul enjeu identifiable dans la grande confusion qui a marqué cette campagne. Les partis démocratiques et de gauche qui ont refusé de participer à la polémique engagée par les « modernistes » se sont eux-mêmes trouvés contraints de se positionner d’une manière ou d’une autre par rapport à cette controverse. Or l’islam constitue le repère le plus familier et le plus proche du quotidien culturel des Tunisiens. 

La référence à la tunisianité permet, sans se trahir en apparence, d’orienter la Tunisie vers le nord de la Méditerranée plutôt que vers l’« Orient ». Cette référence, qui repose sur l’identification entre identité, communauté nationale et État-nation, selon le modèle promu par le modèle européen, permet en outre d’insérer la Tunisie dans cette trajectoire historique prétendument universelle que l’Occident veut imposer au monde. Enfin, cette tunisianité privilégie l’histoire des régions côtières, urbanisées, étatisée, « réformistes » du pays, l’histoire des classes moyennes et de la bourgeoisie et relègue son autre histoire, celle des profondeurs de l’ouest et du sud du pays, celle de ces mêmes couches populaires qui ont déclenché la révolution, à la non-histoire. Je n’irais pas plus loin sur cette question qui mérite une exploration plus précise. Mais ces quelques éléments à peine ébauchés me paraissent déjà fournir des points d’appui pour saisir les enjeux que camouflent les imprécations contre l’« intégrisme islamique ». Je les dis brutalement : écarter les classes populaires les plus défavorisées (qu’elles soient sensibles aux thèses islamistes ou non) des lieux de pouvoir et ancrer la Tunisie dans l’histoire de l’Europe.  

La révolution est un moment et un mouvement. Le moment où « ceux d’en haut » ne peuvent plus « gouverner comme avant », selon la formule classique de Lénine, et où « ceux d’en bas » sont décidés à ne plus être « gouvernés comme avant », le mouvement à travers lequel le peuple s’empare du politique – pour lui-même. Le moment a triomphé avec la fuite de Ben Ali ; le mouvement a été interrompu, ou peut-être simplement suspendu, au cours des événements qui ont suivi la défaite de Kasbah II. Ainsi, bousculé par la mobilisation révolutionnaire, le processus politique entamé avec le départ de Ben Ali est allé plus loin que les arrangements d’une « transition dans l’ordre », négocié au sommet. Il a pu imposer une rupture profonde, une rupture sans doute « dans l’ordre », pour parler comme la Maison blanche, mais qui, dans le contexte de la révolution arabe en cours, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de libération aux classes populaires. Il faut espérer qu’au slogan « le peuple veut la chute du régime » en succède un autre : le peuple veut que le gouvernement lui obéisse.
  


vendredi 18 novembre 2011

C'est la saison des dattes

La saison de la récolte des dattes bat son plein. Elle dure à peu près deux mois et demi et permet de garantir 
" près de deux millions de journées de travail dans les régions de production, notamment au niveau du gouvernorat de Kébili, qui accapare, 70% de la production nationale. Plus de 50.000 agriculteurs travaillent dans la production de dattes".

Le palmier dattier est la principale ressource et richesse du Jérid, cette région du sud tunisien. 
Qui ne connait pas la "deglet nour" c'est à dire les doigts de lumière. On doit d'ailleurs cette appellation à Aristote !!!  
Exportées et consommées en France ou ailleurs après les étapes de conservation et de transport, elles restent très bonnes mais consommées ici, en branches, naturelles, elles sont divinement savoureuses. 




Si dans les oasis, le palmier vit "la tête dans le feu du ciel et les pieds dans l'eau",  il abrite sous ses palmes  d'autres arbres fruitiers tels que figuiers, grenadiers etc... dont les feuillages lui permettent de conserver une certaine humidité à ses pieds.

Véritable arbre de vie, dans le palmier tout est utilisé : 
le bois pour les maisons, les puits, 
les palmes pour faire des nattes, des couffins mais aussi les pêcheries dans la mer, 
les épines pour faire des brochettes ou des aiguilles à tisser,
les fruits bien sûr,  
les noyaux comme combustibles pour les bédouins,
enfin, la sève "le legmi" que l'on boit frais ou fermenté, un délice que l'on peut trouver vendu le long des routes... Dans le commerce, on trouve la thibarine (un alcool de dattes aromatisé) mais qui n'a rien à voir avec le legmi.


Extrait du blogdemalika.bloguez.com


Aujourd'hui reconnue comme un trésor diététique, les anciens savaient déjà exploiter la datte et la savourer ! La tradition arabe dit qu'il y a 365 façons de cuisiner la datte ! Excellente source de fibres alimentaires, les dattes sont aussi riches en polyphénols, potassium, magnésium, vitamines etc... De plus elles ne sont pas grasses et sont sans cholestérol ! Que demander de plus !
Leurs qualités nutritives en ont fait également et depuis longtemps un fruit riche en symboles : douceur, fertilité etc....
D'ailleurs, lors du Ramadan, le jeûne est rompu  en mangeant une datte.






A essayer : pour soigner un rhume ou un mal de gorge , faire infuser 100gr de dattes dans un litre de lait bouilli et boire en infusion ou utiliser en gargarismes !

mercredi 16 novembre 2011

Ambiguïtés


Les tractations vont bon train. 

Alors qu'hier dans la journée tout semblait plié nom du 1er ministre Hamadi Jebali (Ennhada), président de la république (Ettakatol) et président de la constituante (CPR) et que circulaient même les listes des ministres avec les portefeuilles de la culture et de l'éducation à Ennhada ! et un ministère de la Femme à Souad  Abderrahim (genre de Sarah Palin ou de Christine Boutin) qui a jeté l'anathème sur les mères célibataires !

Nouveau rebondissement :  hier soir, rien ne va plus. En cause (entre autre, car je ne maîtrise pas tout !) la sortie de Jebali évoquant l'arrivée d'un 6ème khalifat en Tunisie en faisant référence à l'histoire et à la civilisation politique et religieuse de la Tunisie ! et bien sûr la lutte pour le poste suprême entre Ben Jaafar et Marzouki !

 La Presse du 15/11/11

Enfin le gros problème ce sont toutes ces rumeurs, ces ambiguïtés qui planent sur Ennhada , les déclarations des uns savamment  reprises ou niées par les autres... La Tunisie est toujours dans le flou . Alors régime parlementaire ?  régime présidentiel ? rien n'est encore joué . 
Sans compter sur les "querelles byzantines" attisées par la presse et les réseaux sociaux. Quant aux tunisiens, ils attendent !

dimanche 13 novembre 2011

La Tunisie, laboratoire de la démocratie ?

Difficile de faire le point après un si long silence et sans avoir suivi de près les analyses, tribunes et discussions qui s'étalent à longueur de journaux et sur le web. 
Cependant en faisant ma revue de presse ce matin, je m'aperçois que les choses n'ont pas tant évolué que cela.

La Tunisie s'apprête à une autre journée historique, celle du 22 novembre qui verra la séance inaugurale de l'Assemblée Constituante.
Pour mieux border cette nouvelle étape, le Centre tunisien du Droit constitutionnel pour la Démocratie (Cdcd) a travaillé sur une feuille de route minutieuse qui prévoit les modalités de fonctionnement de cette instance et qui devrait permettre de faire face à de nombreuses éventualités.
Intéressant de voir comment se "fabrique" la démocratie....

Sinon, pour ceux qui voudraient quelques analyses complémentaires, j'ai repéré un article de presse qui dit en reprenant les chiffres que seulement 50% des tunisiens ont voté et que parmi les suffrages exprimés plus d'un million sont allés vers des candidats non représentés à la Constituante, ce qui fait dire à l'auteur de l'article que 

tous les partis élus qui feront partie de l’Assemblée Constituante ne représentent qu’une minorité du peuple tunisien.
et que la majorité silencieuse n'a pas dit son dernier mot...

Toujours est il qu'actuellement se trame un jeu subtil d'alliances et que beaucoup prônent un gouvernement d'union nationale.  S'il est clair que le CPR de Merzouki et le FDTL de Ben Jaafar veulent une part (et une bonne part) du gâteau , que feront les autres partis ? 
Car qui dit démocratie, dit aussi pouvoir et contre pouvoir. Qui restera dans l'opposition pour contrer des réformes néfastes ? Car n'oublions pas que c'est encore une année de transition qui s'annonce avant les prochaines élections, les législatives, et qu'il faudrait alors que se mette en place une opposition claire pour préparer une alternative solide.

mardi 8 novembre 2011


Aux lecteurs (assidus !) de ce blog, quelques explications pour ces pages blanches depuis plus d' une quinzaine de jours !!!. Mais mes devoirs (et plaisirs) de grand-mère m'ont poussé vers la France et mes petites filles, les "petits poussins" comme disait  Papou... 
Et puis au retour sur Djerba journées denses, très denses entre cartons, nettoyage, déménagement, et re cartons à défaire et re nettoyage sans oublier la Fête de l'Aïd qui se concrétise par une abondance de viande sous toutes les formes pendant 2 jours !!! 

Dans le prochain post, nous reprendrons le fil des évènements puisque ces journées s'avèrent importantes pour les tunisiens qui font l' apprentissage de la démocratie et de la chose publique.

Et si cette année la Fête de l'Aïd a dû être austère pour de nombreuses familles, cette trève aura sans doute été mise à profit par les partis politiques pour peaufiner, discrètement, les alliances à sceller, et les stratégies à mettre en place pour enfin s' engager dans l'après élections.

lundi 24 octobre 2011

Le peuple a voté !

Aujourd'hui lundi attente fébrile des résultats !

On peut déjà se réjouir de l'exercice de démocratie que vient de vivre la Tunisie, d'une part en organisant des élections qui globalement se sont bien passées et ensuite du fort taux de pourcentage des tunisiens qui ont tenu à s'exprimer par le biais du bulletin de vote. Il s'agit déjà d'une grande victoire et d'une revanche sur des années de silence et de baillonnement.

Maintenant il est clair que Ennhada raflera une bonne partie des sièges. Il appartiendra aux différents partis politiques démocrates d'oublier les querelles partisanes, de mettre de côté les égo, de se regrouper et de faire front pour une réelle avancée démocratique.

lundi 17 octobre 2011

A qui profite l'instabilité ?


Après les manifestations de vendredi condamnant la chaîne Nessma pour la diffusion du film "Persépolis", hier dimanche, une manifestation pacifique a regroupé à Tunis plus de 5000 personnes pour la liberté d'expression et contre  l'extrémisme.

Dessin "La Presse" du 17/10/2011

A moins d'une semaine des élections, la situation reste complexe et tendue et chaque évènement peut être prétexte à manifestation et provocation. La question à se poser est  à qui  profitent ces troubles ? qui ? quels groupes ? quels états ? ont des raisons pour perturber les élections et pour affaiblir une Tunisie en marche vers la démocratie ?

Photo "Business News"



samedi 15 octobre 2011

Fête de l'Evacuation

La campagne électorale suit son cours avec ses discours et débats assez stéréotypés, avec son lot de coups bas, d'intimidations, de négociations secrètes, d'alliances bizarres, voire de violences... 

Aujourd'hui 15 octobre c'est férié. 
Le gouvernement provisoire a remis au goût du jour la célébration du 15 octobre 1963 (mise à l'écart sous Ben Ali) et qui s'appelle la Journée de l' Evacuation.

Evacuation des forces françaises puisque c'est le 15 octobre que le dernier soldat français a quitté le territoire tunisien après 82 années de présence militaire en Tunisie. Rappelez vous que l'indépendance de la Tunisie date de 1956 ! 
Mais les tunisiens (sous Bourguiba) ont dû batailler sans relâche car  les forces militaires françaises étaient implantées dans tout le pays et De Gaulle entendait bien y rester . Entre temps il y a eu la fameuse bataille  de Bizerte (base navale)  en juillet 1961 où de nombreux tunisiens y laisseront leur vie, on parle même de carnage. Mais ce n'est donc qu'en 1963 que Bizerte sera définitivement abandonnée par les Français, Bizerte étant selon Bourguiba "la dernière séquelle de l'ère coloniale".

jeudi 13 octobre 2011

Le bus citoyen

Jeudi - jour de marché à Houmt Souk

Peut être le moment adéquat pour mieux "sentir" cette période pré électorale.
Eh bien , les djerbiens vaquent tranquillement à leurs occupations, les commerçants attendent les clients, les touristes se promènent ou profitent encore du chaud soleil à la terrasse des cafés. Rien ne laisse présager que dans 10 jours les élections  donneront  une nouvelle donne à ce pays.
Pourtant, à côté des panneaux électoraux le bus citoyen stationne. Grâce à cette initiative citoyenne et apolitique 3 bus ont sillonné l'ensemble des gouvernorats. 

Le Bus citoyen s’est donné une mission de participer à la réussite de ce processus électoral en expliquant sur le terrain pourquoi il est important d’aller voter. Des bénévoles formés partent dans les 3 bus du projet selon des parcours bien définis rencontrer la population dur les marchés, les entreprises et les usines de toute la Tunisie. Toutes les questions sont abordées : le déroulement du vote, les modalités d’élection, le fonctionnement et les prérogatives d’un parti, d’une liste électorale et de l’assemblée constituante.
Le bus citoyen à Houmt Souk



Personne à bord, certes il est déjà midi ! les animateurs attendent. C'est donc l'occasion de discuter un peu avec eux de leur vision des choses. Composé uniquement de bénévoles, leur bus a déjà sillonné les régions du sud. Et si l'accueil de la population est en général très favorable à cette initiative, il est tout de même difficile de convaincre les gens de participer à ce vote. Regret de l'un des animateurs : la Révolution s'est faite grâce aux jeunes et ils ne représentent sur les listes électorales que 12% des inscrits ! 
Faut il y voir, en Tunisie comme ailleurs une méfiance vis à vis des partis politiques organisés ?  



dimanche 9 octobre 2011

Débats, programmes et panneaux

Eh bien me voilà plutôt frustrée en cette période pré électorale de ne pas pouvoir suivre les joutes des candidats à la radio ou à la télé ! Moi qui en général raffoles de ces débats ! 
Normal, tout ce passe en langue arabe.
Je ne peux donc me repérer que par rapport aux commentaires de la presse et au ressenti de mon entourage.
Difficile donc de suivre les pérégrinations des divers partis en lice vu la multitude affichée : partis, mouvements et indépendants. Une vraie jungle ! De plus les quelques partis politiques du devant de la scène s'ingénient à  brouiller les pistes en utilisant d'autres noms, par exemple le FDTL (Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés) se fait appeler Ettakatol, le Pôle Démocrate et Moderniste el Qobt...  et j'en passe ! De quoi y perdre ses petits !

Alors quand on pense à la majorité des tunisiens qui n'ont que peu de culture politique, on les imagine plutôt déroutés. Quant aux programmes, lorsque programme il y a , ils ont l'air de tous se ressembler et font appel uniquement à de grands concepts. Alors comment faire la différence ?
Le tunisien semble fatigué et blasé. Fatigué car depuis la révolution peu de choses ont changé dans sa vie quotidienne (hormis la liberté de parole). Blasé , car il n'est pas dupe devant l'accroissement exponentiel des candidats qui briguent un mandat...
Sur Facebook, existe une page qui se nomme "la révolution nous a réunis, les partis nous divisent . C'est tout dire....
D'après un sociologue, lu ce matin dans "la Presse", le tunisien orientera son choix en se basant sur des motifs personnels ( influence de la famille, des voisins, connaissance d'un candidat etc...).
Pour le moment, il reste encore en retrait par rapport aux nombreuses émissions radio télévisées , il se veut plutôt observateur, voire indifférent par rapport aux nombreux meetings qui, il faut le dire,  ne déplacent pas les foules... 
Quant aux panneaux électoraux, parlons en. Déjà il faut être sur des escabeaux ou des échasses pour pouvoir lire les programmes !

Panneaux électoraux à Midoun

Encore de nombreuses cases vides !







mercredi 5 octobre 2011

Retour pluvieux

Un été loin de Djerba... un retour précipité... et nous voilà déjà en octobre !

Retour pluvieux. Retour heureux ? 

Mardi , j'ai imité les nombreux djerbiens. Armée d'un balai et d'une raclette, l'objectif était d'éliminer l'eau des cours et des terrasses... En effet orages, tonnerre  et pluies ont été le cauchemar de beaucoup, même s'il faut s'en réjouir pour le monde agricole.  L'eau ne parvenant pas à s'écouler assez vite sur la terrasse, notre chambre avait l'air d'une piscine.... Donc branlebas de combat, heureusement ici ce genre d'ennui domestique se gère assez bien, le carrelage se nettoie et les tapis sèchent au soleil. Mais dans la ville, les gens doivent faire attention où ils mettent les pieds et de nombreuses rues ressemblent tout simplement à des lacs.... Il est vrai qu'avec un réseau d'assainissement assez faible voire inexistant, ces pluies diluviennes ont apporté aussi leurs lots de catastrophes pour les uns et les autres. 
En fait c'est surtout dimanche que l'épisode orageux a été le plus important avec des trombes d'eau se déversant sur l'île. La foudre est tombée sur Ras Rmel (l'île aux flamants roses) incendiant  même une paillote...

De ce fait, peu de temps encore pour me remettre à scruter la situation de la Tunisie.
Le 1er octobre a marqué ici le lancement officiel de la campagne électorale. Pour l'instant assez frileuse et timide semble-t-il . Est ce dû à la nouveauté de ce processus ? au manque d'expérience des candidats ? aux interrogations des électeurs potentiels ? 
En tout cas, l' ISIE (instance chargée des élections) entend encadrer au mieux cette grande première : meetings, affichages, listes, subventions etc... et elle note toutes les infractions de la plus flagrante (incendie d'un panneau d'affichage ) à la plus bénigne (format des affiches) ! Mais dans l'ensemble cela a l'air de se passer pas trop mal . L'ISIE a notamment rappelé que 

le décret-loi interdit la propagande dans les lieux de culte et de travail ainsi que la distribution des programmes électoraux par les agents des autorités publiques, tout comme il prohibe l'incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination.

Mais j'entends au loin quelques grondements de tonnerre, le soleil s'est caché et le temps s'obscurcit. Il est peut être prudent d'aller chercher mon linge qui sèche et de clôturer pour aujourd'hui cette page...

dimanche 11 septembre 2011

Retour en Tunisie - Hymne à la liberté

Après deux mois d'absence, me voici donc de retour à Djerba et si je n'ai encore guère eu le temps de humer l'atmosphère tunisienne, j'ai regardé hier soir sur FR3 une émission franco -tunisienne en hommage à la révolution dite "de jasmin" : Hymne à la liberté retransmise depuis le Théâtre antique de Carthage.


Selon notre fameux Boris Boillon, ambassadeur de France à Tunis , 
"Ce spectacle est à la fois un signe d'admiration à l'égard du peuple tunisien et d'amitié entre les peuples tunisien et francais . Il represente une manifestation culturelle magnifique ... qui reunit dans un élan d'engagement remarquable les artistes les plus célèbres des deux rives..." 

Coorganisée par les 2 ministères de la culture français et tunisien, cette emission n'est pas exempte d'interrogations et m'a laissé comme un malaise .

D'abord, elle a fait la part belle surtout à des artistes français et les quelques rares tunisiens ne se sont guère exprimés dans tout leur art, comme Amel Mathlouti par exemple.

Ensuite, alors que le micro attendait chaque artiste après sa prestation,  pourquoi la parole n'a t elle pas été donnée au  rappeur El General ?

Et puis , quand on pense que la chanson de Nathalie Cardone "Comandante  Che Guevarra" a été interprétée par Arielle Dombasle , Mme BHL à la ville, alors que cette chanson a fait l'objet d'un remake par un chanteur  tunisien  Sofien Safta, sous le titre évocateur "Dégage !"

Enfin, quand on pense que cette année , en juillet,  le Festival International de Carthage a été promptement délocalisé a la dernière minute pour différentes raisons, notament une polémique concernant la programmation qui ne laissait guère de place aux nouveaux artistes post Ben Ali et sous le prétexte de travaux importants à réaliser !

Sans compter que la seule radio francophone tunisienne RTCI n'a  été ni invitée, ni consultée....

Et pour couronner le tout,  quand on sait que Frédéric Miterrand apportait un soutien sans faille à Ben Ali "dire que le Tunisie est une dictature ... me semble tout à fait exagéré."

Finalement, je crois que comme beaucoup de tunisiens, je suis restée sur ma faim : où était la vraie Tunisie dans cette émission ? seules quelques répliques du co-animateur Lotfi Abdelli semblaient remettre les choses à leur place... 

dimanche 17 juillet 2011

Juillet morose

Quelques nouvelles de ci et de là avant de quitter Djerba pour au moins un mois.

D'abord, un peu d'amertume sur le plan politique.

L'approche des élections peine à faire bouger la société : les partis politiques ont entamé la ronde des meetings ,  le processus d'inscription sur les listes électorales est en cours depuis le 11 juillet et ce seulement jusqu'au 2 août ! mais il faut dire que les gens ne s'y pressent pas ! De toute façon , il y a si peu d'informations , une pub à la télé, quelques messages mais rien qui ne fasse se bousculer la population ! Et la majorité des tunisiens ne savent pas encore pour qui ils vont voter. Pendant ce temps, les islamistes sont sur le terrain puisqu'ils utilisent les mosquées pour convaincre les fidèles...

Le gouvernement de transition enchaîne les bourdes , notamment en ce qui concerne la liberté d'expression... , la répression lors des sit in... 
Les provocations continuent et la contre révolution est à l'oeuvre . Sans compter la guerre en Libye qui vient conforter cette fragilité ...

A l'aube du mois de Ramadan (mois d'août) où généralement les familles se font une joie de se retrouver et de bien manger pendant les longues soirées d'été , les prix des denrées essentielles continuent de grimper et c'est certain que cette année, avec le chômage, la crise et la guerre en Libye, Ramadan ne sera pas, hélas,  la fête pour tout le monde !

Et puis les libyens sont toujours là !  Certes ils font tourner la machine économique car ils achètent, consomment, trafiquent des 2 côtés de la frontière mais ceci entraînent quelques dommages collatéraux . Si les exportations vers le marché libyen ont quadruplé ! il risque d'y avoir pénurie de certains produits alimentaires. Déjà depuis 15 jours , difficile de trouver du sucre !

Donc une ambiance un peu morose... mais je me garderai bien de tomber dans le pessimisme car depuis 5 mois déjà , un chose essentielle a changé. C'est la liberté de pouvoir s'exprimer librement et ça , ça n'a pas de prix ! Personne ne pourra la reprendre au peuple tunisien ! Il convient juste maintenant d'apprendre à l'utiliser de façon positive et constructive....

samedi 16 juillet 2011

Houmt Souk, le quartier maltais (2)

Pour ce dernier post avant mon départ pour la France, remettons encore une fois nos pas dans les ruelles du quartier maltais... 


En dehors du circuit mosquée, église, fondouks, il faut savoir se laisser aller au vagabondage... lever la tête sur un balcon délabré...


se laisser guider par une musique qui vient d'on ne sait où... répondre au bonjour des uns... sourire aux remarques amusées des marchands... passer le pas et se retrouver dans la pénombre d'un atelier de tissage.. jeter un oeil chez le coiffeur...


entrer dans une boutique, juste pour le plaisir des yeux... oser prendre quelques marches d'escalier qui mènent à l'atelier d'un  peintre... ou simplement déambuler le nez au vent



C'est là tout le charme de ce quartier , très limité en superficie, mais riche de tant de découvertes et d'étonnement .



Enfin, quelques rues plus loin, on tombe forcément sur les souks couverts.... l'occasion d'une prochaine histoire...