"Notre printemps est un printemps

Qui a raison "

Paul Eluard



dimanche 17 juillet 2011

Juillet morose

Quelques nouvelles de ci et de là avant de quitter Djerba pour au moins un mois.

D'abord, un peu d'amertume sur le plan politique.

L'approche des élections peine à faire bouger la société : les partis politiques ont entamé la ronde des meetings ,  le processus d'inscription sur les listes électorales est en cours depuis le 11 juillet et ce seulement jusqu'au 2 août ! mais il faut dire que les gens ne s'y pressent pas ! De toute façon , il y a si peu d'informations , une pub à la télé, quelques messages mais rien qui ne fasse se bousculer la population ! Et la majorité des tunisiens ne savent pas encore pour qui ils vont voter. Pendant ce temps, les islamistes sont sur le terrain puisqu'ils utilisent les mosquées pour convaincre les fidèles...

Le gouvernement de transition enchaîne les bourdes , notamment en ce qui concerne la liberté d'expression... , la répression lors des sit in... 
Les provocations continuent et la contre révolution est à l'oeuvre . Sans compter la guerre en Libye qui vient conforter cette fragilité ...

A l'aube du mois de Ramadan (mois d'août) où généralement les familles se font une joie de se retrouver et de bien manger pendant les longues soirées d'été , les prix des denrées essentielles continuent de grimper et c'est certain que cette année, avec le chômage, la crise et la guerre en Libye, Ramadan ne sera pas, hélas,  la fête pour tout le monde !

Et puis les libyens sont toujours là !  Certes ils font tourner la machine économique car ils achètent, consomment, trafiquent des 2 côtés de la frontière mais ceci entraînent quelques dommages collatéraux . Si les exportations vers le marché libyen ont quadruplé ! il risque d'y avoir pénurie de certains produits alimentaires. Déjà depuis 15 jours , difficile de trouver du sucre !

Donc une ambiance un peu morose... mais je me garderai bien de tomber dans le pessimisme car depuis 5 mois déjà , un chose essentielle a changé. C'est la liberté de pouvoir s'exprimer librement et ça , ça n'a pas de prix ! Personne ne pourra la reprendre au peuple tunisien ! Il convient juste maintenant d'apprendre à l'utiliser de façon positive et constructive....

samedi 16 juillet 2011

Houmt Souk, le quartier maltais (2)

Pour ce dernier post avant mon départ pour la France, remettons encore une fois nos pas dans les ruelles du quartier maltais... 


En dehors du circuit mosquée, église, fondouks, il faut savoir se laisser aller au vagabondage... lever la tête sur un balcon délabré...


se laisser guider par une musique qui vient d'on ne sait où... répondre au bonjour des uns... sourire aux remarques amusées des marchands... passer le pas et se retrouver dans la pénombre d'un atelier de tissage.. jeter un oeil chez le coiffeur...


entrer dans une boutique, juste pour le plaisir des yeux... oser prendre quelques marches d'escalier qui mènent à l'atelier d'un  peintre... ou simplement déambuler le nez au vent



C'est là tout le charme de ce quartier , très limité en superficie, mais riche de tant de découvertes et d'étonnement .



Enfin, quelques rues plus loin, on tombe forcément sur les souks couverts.... l'occasion d'une prochaine histoire...


mercredi 13 juillet 2011

Houmt Souk, le quartier maltais (1)

Chaleur  caniculaire ces jours ci et  sensation  de chaleur  redoublée par la sécheresse du sirocco .
Une seule solution :  rester à l'ombre et dans la fraîcheur des maisons ! Ce qui me permet de continuer ma description de Houmt Souk . 

Aujourd'hui, elle est toujours la "capitale" administrative de l'île et compte entre 40 et 45 000 habitants.

Le quartier que je préfère et dans lequel  j'adore flâner et me perdre se situe dans la vieille ville, c'est ce qu'on appelle l'ancien  quartier maltais, il est  compris entre la mosquée des Turcs, l'église catholique et l'actuelle rue de Bizerte ...
Il faut dire que les Maltais étaient déjà présents à Djerba au 17ème siècle lors des invasions gênoises et napolitaines mais c'est surtout au 19ème siècle qu'ils sont arrivés nombreux, fuyant les conditions misérables de leur île....

Souvent les touristes ne restent qu'à la lisière de ce quartier. On l'aborde généralement , les jours de souk, par la place d'Algérie, non sans avoir jeté un coup d'oeil au bâtiment de la Recette des Finances de style mauresque. On tombe inévitablement sur le café maltais où les djerbiens sont attablés à l'ombre des sycomores bien feuillus.

A l'ombre des sycomores

De là plusieurs possibilités, s'arrêter pour un repas sympa au restaurant des Palmiers, s'enfoncer dans les ruelles commerçantes de la médina, ou oser s'engager sous un porche pour regagner d'autres ruelles , mais auparavant  il ne faut pas oublier de jeter un coup d'oeil à la mosquée des Turcs (Jemâa Ettrouk). Elle date du 16ème siècle , dédiée à l'origine au culte hanéfite, elle est depuis longtemps affectée au rite malékite, et elle se caractérise par son grand minaret de syle ottoman.

Place d'Algérie

Si l'on prend à gauche une rue perpendiculaire à la mosquée (rue qui passe devant l'ancien cinéma de Djerba aujourd'hui abandonné et fermé), on arrive assez vite sur l'église catholique.

L'église Saint Joseph a été fondée en 1848 par  un prêtre de la mission Saint Vincent de Paul aidé par l'évêque Gaetano Maria de Ferrare.
Après une fermeture de près de 40 ans, elle a été réouverte au culte en 2005 suite à la requête de plusieurs pays européens qui ont des ressortissants résidents à Houmt Souk et  mise à la disposition du diocese de Tunis.

Eglise Saint Joseph

Juste en face on peut se laisser tenter par les tapis exposés par une des boutiques de l'Office National : zerbia, mergoum, alloucha ou autres...
En continuant , on tombe vite sur l'Hôtel Arisha , habile restauration d'un fondouk... 

mardi 12 juillet 2011

Houmt Souk et ses fondouks

Au départ appelée Essouk El Kébir (le grand marché) , elle devint Houmet Essouk (le quartier des marchés). On trouve également l'appellation de Souk El Khémiss (le marché du jeudi). C'est probablement au 15ème siècle qu'elle prit son essor. et elle devint vite un véritable pôle urbain, siège du pouvoir politique, administratif, judiciaire et économique de l'île. 
Il est probable que le quartier où vivait la population (musulmane) s'étendait à côté du Borj el Kébir et que la ville ouverte à tous s'est bâtie un peu plus loin. 

Léon l'Africain écrivait :
"Le Souk el Kébir, là où affluent régulièrement, en direction des fondouks du centre commercial, les négociants venus d'Alexandrie, d'Europe, de Turquie ou de Tunis. .". 
Fondouk Jomni


Les fondouks sont effectivement  nombreux . Ils étaient destinés à accueillir les négociants qui trouvaient des chambres à l'étage. Leur bétail et leurs marchandises étant abrités au rez de chaussée sous les arcades .  L' architecture particulière des fondouks se retrouve dans tout le bassin méditerranéen et moyen oriental. Dans chacun, on y trouve aussi   une citerne pour la réception des eaux de pluie (devenue piscine pour les hôtels) et un puits pour la lessive et les toilettes. Aujourd'hui certains caravansérails ont été reconvertis en hôtels, en magasins, et d'autres , très délabrés, attendent une possible reconversion ou réhabilitation.

Fondouk - Hôtel Arisha


Toujours selon Léon l'Africain :
"Tous ces commerçants chrétiens, juifs et musulmans se trouvent réunis dans ces fondouks pour s'approvisionner; les Vénitiens viennent pour le sel et les fruits, les autres achètent de l'huile, de la poterie et surtout des lainages..."
C'est donc dans la médina qu'il faut aller se promener et ne pas hésiter à franchir un porche pour se retrouver à la fois loin des rumeurs de la ville, dans le calme absolu et alors laisser vagabonder son imagination pour être plongé dans l' ambiance grouillante d'activité et polyglotte des marchés d'orient... 


samedi 9 juillet 2011

Marche pour la liberté

« Tounes Lelhourrya, la Irhab, la rajiaâ »

A eu lieu cette semaine à Tunis une grande marche pour la liberté et contre l'intégrisme.

Cette marche organisée par le Pôle démocratique moderniste (qui regroupe plusieurs partis) et d'autres associations et mouvements a mobilisé de nombreux citoyens. Cette marche a été largement relayée sur Facebook. Elle intervient après plusieurs incidents et troubles fomentés par les extrémistes musulmans, ceux que l'on appelle salafistes et qui n'hésitent pas à employer la violence pour contrer tout ce qui diverge de leur propre opinion.

Photo "Le Temps"

Le mot d'ordre de cette manifestation était très clair :

«Non à la violence et à l'intolérance, appel à la coexistence dans le cadre du respect mutuel, loin de toute forme de fanatisme politique, religieux ou racial»

Colère des uns, indignation des autres mais tous ont comme souci de préserver, en premier lieu,  l'intérêt du pays

«C’est une initiative citoyenne qui veut montrer que la Tunisie appartient à tous, car nous assistons en ce moment à des phénomènes inquiétants qui doivent prendre fin au plus vite»,

a déclaré Ahmed Brahim, dirigeant du parti Ettajdid (gauche). 

jeudi 7 juillet 2011

Djerba entre diversité et tolérance

Hier ce blog  franchi le cap des 3000 pages lues ! 

Commencé en janvier à mon retour en Tunisie sur le mode personnel pour juste donner des nouvelles de ce pays en pleine révolution et reconstruction , je me suis vite prise au jeu et il est devenu pour moi un rendez vous indispensable dans lequel j'essaie de faire passer ma passion pour cette île si particulière et si attachante : Djerba. 

Allez, allez, pas de sentimentalisme ! Remontons le temps et l'histoire !...
La dernière fois, nous en étions restés aux histoires de corsaires... 

Devenue province de l'Empire ottoman (1574) , Djerba continue de subir les luttes  entre les beys de Tunis ... Rivalités entre les  ibadites et les  malékites qui peu à peu prennent le dessus... Cette période turque va néanmoins permettre à l'île de se développer et de s'urbaniser... et Houmt Souk va devenir un grand centre commercial, politique et administratif. 

Les nombreuses activités commerciales favorisent aussi une diversité ethnique et religieuse. Coexistent des berbères, des arabes, des juifs, des nègres, des turcs, des européens... Les musulmans de différents rites (idadite, malékite, hanafite) côtoient les chrétiens catholiques et orthodoxes sans oublier lesjuifs. Dans les rues on entend parler le chelha, l'arabe, l'hébreu, le maltais; le grec, l'italien, le turc, le français...

Bref, un brassage intense qui contribue à faire de Djerba une îe prospère et une société vivante... Et à mon sens, cette tolérance perdure encore aujourd'hui et c'est aussi ce qui lui donne son dynamisme, sa richesse et cette empathie que l'on ressent...

Houmt Souk - Clocher de l'église et en arrière plan le minaret  de la mosquée


Djerba reste sous domination ottomane jusqu'en 1881, date à laquelle la Tunisie passe sous protectorat français (Congrès de Berlin  1878 où  l'Europe s'attelle au démantelement de l'emppire ottoman...). 
Ce n'est finalement qu'en 1890, que les troupes françaises quitteront Djerba.

mardi 5 juillet 2011

Tunisie : le tourisme autrement !

Bien que les touristes ne soient pas au rendez vous cette année, les professionnels du tourisme ne restent pas les bras croisés. Loin de là...

Que ce soit sur la toile ou dans leurs nouvelles associations professionnelles, ils réfléchissent, se posent des questions, ont des débats et surtout agissent...

Jusque là, l'aspect majeur du tourisme était un tourisme hôtelier qui dépendait des tours opérateurs. Or maintenant, après cette révolution, le tourisme est en train d'évoluer à toute vitesse en se diversifiant le plus possible et il faut dire que les atouts sont nombreux ! 


Campagne djerbienne


Culture, patrimoine, environnement, thermalisme et bien être ! et ceci se conjugue sous toutes les formes :  les sites web éclosent, les chambres d'hôtes fleurissent, les entreprises privées naissent...

Parmi mes préférés, le portail "Mille et une Tunisie"  qui en plus de plein d'idées pratiques propose aussi des articles de fond et parmi les dernières créations celui de  CityGuide.tn


Pour plus de lisibilité j'ai reformaté la rubrique  de droite "Tourisme et Tunisie" , rubrique qui j'en suis sûre est loin de se tarir !


Atelier de nattes - Houmt Souk

lundi 4 juillet 2011

Qui a peur de la Flottille pour Gaza ?


Depuis un bout de temps j'ai envie de parler de la Flottille pour Gaza.

Rappelez vous l'assaut meurtrier de commandos israéliens contre un convoi humanitaire maritime il y a un peu plus d'un an...

Alors pour briser le siège israélien , pour faire respecter le droit international, pour répondre à la crise humanitaire , une flottille de bateaux qui réunissent de nombreuses nationalités a décidé de lever l'ancre pour Gaza. Pour l'historique, voir la page de Libération.

Photo regards.fr


Les bateaux français regroupent des journalistes, des élus, des personnalités et des représentants de la société civile, ils ont réussi à mobiliser des fonds grâce à des dons privés et individuels. Des tunisiens participent aussi à cette initiative.

Mais cette flottille qui devait appareiller de plusieurs ports (notamment de Grèce) a dû subir de nombreux contretemps administratifs, de nombreuses entraves techniques et surtout elle a fait l'objet de sabotages divers voire d' attaques contre des personnes, et même séquestration d'un capitaine américain...

Photo regards.fr


Cette opération purement pacifiste se voit donc contrer très largement par certains gouvernements , Israël bien sûr, mais aussi par les Etats Unis, la Russie, L'Union européenne et la Grèce qui a pieds et poings liés.


Dans le même ordre d'idées une association pro-palestinienne "Bienvenue en Palestine" doit arriver à Tel Aviv par avion, la semaine prochaine pour une mission internationale de solidarité. Quelques 500 personnes sont attendues. Mais Israël ne l'entend pas de cette oreille, et le pays a d'ores et déjà renforcé ses mesures de sécurité à l'aéroport ....


Mais la Flottille pour la liberté n'entend pas renoncer ....



dimanche 3 juillet 2011

Mois de juillet morose ?

Djerba toujours à la recherche de ses touristes.... bien que de nombreux avions soient attendus en ce début juillet  ...
Pour avoir une image de la ville, cet article lu dans  le Temps d'aujourd'hui :


Habituellement à pareille époque, l’île est envahie de bus remplis à ras bord d’écoliers, d’étudiants, de fonctionnaires en excursions organisées, venant de tous les coins du pays. Certains en profitaient même pour pousser jusqu’à Ben Gardane, pour d’éventuelles petites affaires et autres cadeaux.
L’avenue principale d’Houmt-Souk, ainsi que les rues adjacentes, étaient difficilement praticables : les chauffeurs se permettaient de stationner en double file, dans des passages étroits, et parfois même devant les mosquées, moteurs en marche pour « maintenir la clim » !!




Photos prises à Houmt Souk un jour de marché !



Pour ne rien arranger l'afflux de libyens (dont certains se croient tout permis) commence à peser sur l'île. Troubles et bagarres répétitives suscitent l'inquiétude parmi les habitants, même si la solidarité est toujours de mise...



vendredi 1 juillet 2011

Léon, l'Africain ? non ! Léon le hérisson !

Drame dans mon jardin ce matin.

A mon réveil, que ne vois je donc pas... Léon, coincé dans les rayons de mon vélo ! Pauvre Léon, inerte, écartelé... Dire qu'il a dû passer toute la nuit dans cette position... Pauvre Léon ! Léon , c'est notre hérisson, le gardien du jardin....
Je vous prie de croire que ça n'a pas été facile de l'extirper des rayons, de plus avec sa fâcheuse habitude de se mettre en boule , il ne nous facilite guère la tâche, sans parler des piquants ! Ouille, ouille, ouille !
Finalement, il a fallu s'y mettre à deux l'un poussant, l'autre tirant pour qu'il puisse passer ses pattes restées coincées. Maintenant, il dort tranquille après sa nuit d'horreur !
Léon a atterri dans notre jardin, il y a quelques semaines. Nous avions été à un concert (alors là je replace le contexte : oubliez la salle de spectacle, la sono ultra sophistiquée, les fauteuils confortables ..). 
C'était en plein air, dans un grand jardin, au fin fond de la compagne djerbienne, sur des chaises en plastique et pour danser du sable qui rentre dans les chaussures ! Mais c'était bien, seul luxe mais non des moindres le cadre, avec comme seul éclairage la pleine lune et les branches des palmiers qui se balançaient dans l'air....


Donc à la sortie du spectacle, au moment de reprendre la voiture, nous tombons nez à nez avec un hérisson. Ni une, ni deux mon chéri l'embarque sous prétexte que c'est un animal porte bonheur !
Depuis, il vit dans la pelouse, sort le soir à partir de 11h (Monsieur a ses habitudes) et dort toute la journée sous une planche. Je pense qu'il se nourrit d'insectes et d'herbes car je retrouve tous les matins la salade et la pastèque que je place astucieusement sur son passage....