"Notre printemps est un printemps

Qui a raison "

Paul Eluard



mardi 31 janvier 2012

Le Musée du Patrimoine à Djerba

C'est l'hiver à Djerba.

En général les 2 premiers mois de l'année sont souvent froids et pluvieux, avec les nuits noires de janvier et les grands froids "l'azara" de la mi février. Hier les habitants de la région du Kef se sont réveillés avec les premières neiges . Ces intempéries sont souvent de bon augure pour l'agriculture.

Alors que faire lorsque les balades en bord de mer ou dans la campagne sont compromises ?
Parmi les nombreuses activités, on peut consacrer du temps à visiter les musées de Djerba, il y a quelques jours je suis retournée au Musée du Patrimoine traditionnel de Houmt Souk.

Ancien musée des Arts et Traditions  Populaires, situé sur le site du mausolée de Sidi Zitouni,  il a subi une extension importante en 2009 et doit son ampleur et ses volumes à l'architecte tunisien Taoufik Ben Hadid. Ce musée offre maintenant un lieu vaste et agréable doté d' une  belle scénographie qui permet de découvrir  les traditions de l'île et surtout de constater que celles ci sont encore très vivaces aujourd'hui.

Chaque thématique est présentée dans une salle et reliée à la suivante par un système de passerelles en bois. La muséographie est attrayante et successivement panneaux, objets, mise en scène et vidéos vous présentent l'île de Djerba . Le plan du  "menzel" habitat traditionnel permet de visualiser les activités agricoles. Puis ce sont la pêche et le travail de la poterie, enfin le tissage et le travail de la laine. Les costumes traditionnels et l'orfèvrerie sont bien représentés. Quant à la  communauté juive de l'île, elle n'est pas oubliée. La visite se termine sur la cérémonie du mariage et les rythmes de la musique "tabala".
Avant de quitter les lieux, il ne faut pas oublier de visiter la zaouia (sanctuaire) de Sidi Zitouni qui date du 13ème ? siècle.
Au delà des traditions, ce musée est une très bonne introduction pour comprendre les activités économiques de l'île et repérer au cours de balades menzels, ateliers de tissage, huileries etc....

jeudi 26 janvier 2012

Tunisie, un an après

Coucou, me revoilou après un long silence mais il faut dire que pendant plus d’un mois, la maison n’a pas désemplie entre famille et amis qui se sont succédés pour passer des vacances en ayant à cœur de « soutenir la Tunisie » en participant comme ils le pouvaient achats, restaurants, visites etc... tout en déplorant le manque de touristes .
Au moment où je reprends ce blog, je m'aperçois que je l'ai commencé il y a juste un an,comme ça, pour le fun et pour donner des nouvelles or maintenant il m'est devenu absolument  nécessaire et pour suivre les balbutiements de cette démocratie tunisienne, et pour faire partager les beautés de ce pays et de Djerba en particulier.
Qu’en est- il un an après la révolution ? L’amertume, la colère voire l'inquiétude semblent prévaloir. Si l’acquis n°1 à savoir la liberté d’expression est indéniable, peu de choses ont véritablement changé depuis un an.
 Le pouvoir en place (qui a pris du temps pour se partager les postes et nommer certains ministres  et fonctionnaires selon d’autres critères que  leurs compétences ) semble démuni face aux énormes enjeux et problèmes du pays. Mécontentements , grèves,,  sit- in  paralysent tour à tour des pans de l’économie. Sans compter les actes de violence , les agressions de journalistes, l’extrémisme religieux des salafistes …Et je ne parle pas de l'inquiétant voisin libyen où la situation est loin d'être calme et déborde sur le territoire tunisien : tirs sur des pêcheurs, commerce illicite, contrebande (hier 35 camions chargés de dérivés de phosphate ont été interceptés ! 
Et à propos de toutes ces questions peu ou pas de visibilité ni d’intervention de ministres, pas de parole forte.
Pour le 1er ministre et son gouvernement, pas d'état de grâce, maladresses, absence de stratégie, erreurs de communication, scandales s'accumulent ...
Le Président s'accroche à son titre honorifique , se veut fils du peuple , proclame l'austérité et en même temps envisage la formation d'un gouvernement parallèle... il  oscille entre propos rassurants dans les médias étrangers mais à l'évidence c'est l' inertie.
La Constituante issue des élections travaille, discute, s'interroge... 
Tout reste à faire et surtout l’éducation à la démocratie car pour beaucoup  liberté semble synonyme d’anarchie et toute forme de contrainte est balayée par un « Dégage ! » qui hélas n’a plus la même signification que pendant la révolution.
Tout reste à faire si bien que l’ex 1er ministre du gouvernement provisoire Caïd Essebsi vient de rendre publique une déclaration à l'opinion publique dans laquelle il lance un appel pour remettre les choses au point et rappeler que la Constituante a été élue pour s’acquitter d’une mission  essentielle : préparer la prochaine constitution et les élections qui suivront pour assurer de réélles  fondations démocratiques au pays.
M. Béji Caid Essebsi a lancé un appel à « toutes les forces politiques et intellectuelles tunisiennes qui bannissent l’extrémisme et la violence et s’inscrivent dans la démarche réformiste historique de notre pays, à rassembler leurs forces morales et matérielles, autour d’une alternative capable de renforcer l’équilibre politique et garante d’activer les mécanismes d’une alternance pacifique sans laquelle la démocratie ne peut s’accomplir ».

Réelle inquiétude ? stratégie politique  ? en tout cas ce me semble tout à fait justifié vu l'atmosphère du pays aujourd'hui. Au moins faire réagir le gouvernement ...
Jeune Afrique dresse un bilan réaliste de la situation de la Tunisie
La liberté d'expression, démocratie, pluralisme, lutte anticorruption sont de vrais acquis de la révolution. La Tunisie de 2011 et de 2012, véritable laboratoire au sein duquel tout le monde s'agite et cogite, n'a plus rien à voir avec le pays rongé de l'intérieur et sclérosé de Ben Ali. Sauf sur un point, essentiel, principal détonateur de la révolte, l'envers du décor du « miracle tunisien » jadis vanté : le chômage, la pauvreté et l'absence de perspectives pour une proportion effarante de la population. En particulier dans les régions d'où la fronde est partie, entre Gafsa, Kasserine et Sidi Bouzid. Pour eux, ces oubliés de la République devenus ceux de la révolution, rien n'a changé un an après. Et là, en revanche, il y a réellement de quoi s'inquiéter...