"Notre printemps est un printemps

Qui a raison "

Paul Eluard



dimanche 25 mars 2012

Le retour des touristes ?

Ce matin à l'aéroport de Djerba c'était un vrai plaisir de revoir les croisements entre les queues de touristes aux comptoirs d'enregistrement, et les foules qui se pressent derrière les guides pour gagner leur autocars en direction des hôtels.
Un vrai bonheur !
L' activité semble reprendre, d'autant plus qu'ici ce sont les congés scolaires. On voit aussi  à Djerba des bus chargés d'enfants venus visiter les musées ... ou encore de nombreuses familles tunisiennes qui goûtent à la quiétude de l'île en prenant le bateau pour Ras Rmel....


Aéroport de Djerba

En parallèle à cette ambiance, j'ai lu , et je vous recommande, cet article très sensible (au bon sens du terme ) d'un journaliste blogueur Thierry Brésillon sur Rue 89 dont le titre à lui seul éclaire la situation du moment :
Alors touristes,  n'hésitez pas, venez goûter aux charmes de Djerba la Douce !

samedi 24 mars 2012

Riz à la djerbienne

Pour changer, petite note culinaire aujourd'hui.

Parmi mes plats tunisiens préférés, il y a le riz à la djerbienne (arrouz djerbi).
Cette recette traditionnelle de riz à la vapeur comporte bien sûr mille et une variantes.
Voici donc ma recette.

Les légumes : il suffit de couper en petits dés oignons, carottes, branche de celeri,  et surtout blettes (feuilles et tiges)
La viande : ma préférence va à du foie lui aussi coupé en petits morceaux
On mélange donc le riz aux légumes et à la viande.
On rajoute persil et coriandre hâchés,  tabel (mélange d'épice tunisien mêlant coriandre, carvi, ail et piments rouges), sel, poivre, du concentré de tomate,  sans oublier un peu d'harissa (non, pas celle qui ne fait que piquer mais une bonne harissa odorante et goûteuse !)
On arrose avec un peu d'huile d'olive bien sûr ! Une fois cette préparation bien mélangée, elle est mise dans le haut du couscoussier où elle va cuire doucement à la vapeur (environ 45mn).

C'est tout simple et délicieux !
Pour servir, on fait griller des poivrons que l'on rajoute sur le plat de service.
Alors, bon appétit !


mercredi 21 mars 2012

Dis moi dix mots ...


Cette année, pour la première fois, la Semaine de la langue française et de la Francophonie lance un défi intitulé: »Dix mots, dix blogueurs ». La manifestation « Dis-moi dix mots » a choisi cette année la thématique de l’intime. Les dix mots de l’année 2012 sont: âme, autrement, caractère, chez, confier, histoire, naturel, penchant, songe, transports.

Je dévore la presse numérique depuis mon île lointaine et puis au hasard d’un article « Dix mots, dix blogueurs », un défi  lancé par le Ministère de la Culture dans le cadre de la Semaine de la Francophonie…   j’ai toujours trouvé ces manifestations un peu creuses, sans réel  intérêt … je me souviens… dans ma vie professionnelle, je râlais toujours après ces injonctions diverses des ministères ! Clin d'oeil à Anneli  qui me lit certainement !

Alors je me suis lancé ce défi, me raconter un peu en  utilisant les dix mots … dix mots en dix lignes , faut pas exagérer !

Et puis pour me raconter vraiment, donner mes dix mots à moi… Allez, c’est parti !

 Blog, bloguer, oui je me suis découverte l’âme blogueuse depuis plus d’un an déjà . Passer une vie au travail, même et surtout dans la culture  c’est évidemment autrement intéressant que d’être dans une régie de transports ! Quoique ! Alors  à l’heure de la retraite, l’envie de raconter mon histoire ici. D’un caractère calme  l’écriture est vite devenue une drogue , une drogue douce certes … Alors j’écris, c’est tout naturel pour moi, je raconte la vie d’ici mais sans trop me confier , ce serait malvenu, car mon blog est lu dans le monde entier…. Alors, je songe à d’autres mots, d’autres pages plus intimes, qui n’entreront que chez quelques personnes bien choisies pour exprimer penchant et inclination…

Et mes dix mots à moi sont en blanc et bleu, c’est une île de hauts fonds. C’est la couleur du bougainvillée, l’odeur du jasmin. C’est écrire, lire, photographier. Ce sont des mots d’amour, de solidarité et de fraternité. Intensément.

mardi 20 mars 2012

20 mars 2012 : pour un Etat civil !

Aujourd'hui des milliers de tunisiens fêtent l'anniversaire de l'indépendance de leur pays. Une république toute jeune en fait, qu'est ce que 56 ans dans la vie d'une nation ?

Un peu d'histoire : sous protectorat français depuis 1881, c'est le 20 mars 1956 que la France finit par reconnaître l'indépendance de la Tunisie. D'abord monarchie constitutionnelle avec Lamine Bey, qui sera le dernier bey , la République sera proclamée  le 25 juillet 1957.

C'est à midi, à Djerba, devant la Mairie, qu'un petit rassemblement avait lieu pour commémorer cet évènement en le liant à l’actualité. Sur les pancartes , dont certaines écrites en français, on pouvait lire "oui à une tunisie libre et plurielle" ou "notre identité c’est notre tunisianité" ou encore "game is not over" pour faire référence aux slogans de la Révolution…

A Djerba

Ce qui m’a le plus surprise c’est le nombre de femmes, des jeunes femmes qui  semblaient être le cœur de cette manifestation.
Un vieux m’a glissé à l’oreille, dans le vacarme  assourdissant de la sono qui célébrait l’hymne national : "c’est aussi contre les intégristes"….
Mais pas de barbus à l’horizon… Par contre à Djerba on voit maintenant quelques femmes entièrement recouvertes du niqab…

A Tunis, ce sont des milliers de Tunisiens qui ont investi les rues de la capitale et notamment l'avenue Bourguiba pour réclamer haut et fort "un Etat civil".
A Tunis


dimanche 18 mars 2012

Y a t il encore une lueur d'espoir ?

"Le fascisme à notre porte" c'est le titre d'un court article paru dans la presse électronique...

Si l'on se sent relativement "protégé" à Djerba c'est à dire loin des exactions de tout type qui ont lieu ça et là en Tunisie,les médias apportent et relatent chaque vendredi leur lot de violence et de provocations...

A Tunis, ce sont entre 2 et 3000 salafistes qui crient devant l'ANC et demandent que la chariaa soit considérée comme la seule et unique source de la future constitution... ils ont été aussitôt entendus et reçus par des parlementaires issus de Ennhadha...

A Ben Guerdane, dans le sud, il y a eu des exactions autour des lieux saints, profanations de mosquées, des Coran déchirés etc... On parle aussi d'agressions... Ces agissements ont été dénoncés immédiatement par l'ensemble des partis politiques ; quant à la population, elle est sous le choc !
Comment ne pas voir sous ces actes odieux une incitation à la discorde lorsqu'on sait que les tunisiens sont infiniment respectueux des choses sacrées et du Coran ?!

A Djerba, à Oualagh exactement, une tombe aussi a été profanée...

Le climat se détériore lentement mais hélas sûrement ! Et à qui profite cette instabilité créée de toute pièce ? Cherchez bien ? A la population qui n'aspire qu'à vivre et travailler  tranquille , aux acteurs économiques qui peinent à faire vivre leurs affaires dans ce climat ?  aux puissances étrangères qui souhaiteraient investir dans ce pays ?

Lorsque la situation sera carrément devenue délétère, lorsque l'état d'instabilité aura gagné toutes les régions, lorsque le sentiment d'angoisse et d'anxiété aura atteint chaque tunisien, alors Ennhadha aura beau jeu de dire que la Tunisie n'est pas prête pour de nouvelles élections... que l'on remettra à plus tard les débats sur la Constitution... qu'il est temps qu'un régime fort mette tout le monde au pas...

Y-a-t-il encore une lueur d'espoir ? Oui, ne désespérons pas du peuple, du vrai peuple tunisien ! comme le montre cet appel à une manifestation sur Djerba.

mardi 13 mars 2012

Les petits plaisirs de Djerba

Hier, après les courses et une balade en bord de mer

Après la "tempête", la plage de sable s'est vue recouverte de montagnes d'algues


arrive bien vite l'heure où l'on ressent un petit creux ...

alors direction  le quartier juif à Houmt Souk où l'on dénombre plusieurs échoppes minuscules dans lesquelles on se délecte d'une brick , d'un sandwich (qui n'ont rien à voir avec nos sandwiches français) ou d'autres petits amuse-gueules consommés debout...
C'est ce que nous avons fait : d'abord une brick  croustillante avec un jaune d'oeuf encore coulant à l'intérieur, puis une kefta (une boulette) et pour le fun quelques "foul" (fèves) bien relevées...
Tout ceci pour dire que la cuisine juive tunisienne est très appréciée et très vivace. Elle est l'expression de métissages divers et les influences sont nombreuses : italienne, tunisienne, espagnole, maltaise, sicilienne, turque, russe, grecque.... Bref des goûts et des couleurs qui donnent donc des plats savoureux.

A retenir aussi un "acquis" de la révolution : en effet depuis quelques mois, à Djerba, est née une association Dar el Dhekra chargée de préserver et de mieux faire connaître la culture de cette communauté juive de l'île.

dimanche 11 mars 2012

De "Dégage !" à "Place au peuple !"

Depuis hier, visage inhabituel de Djerba : un ciel d’un gris laiteux, un air opaque, un fond de pluie et de vent...
Hier l’aéroport était fermé et les vols reportés. Ceci à cause des conditions météorologiques, depuis deux jours et deux nuits sans discontinuer pluie et  rafales de vent alternent et se combinent... Ce qui me vaut chaque matin de m’armer de mes serpillières pour éponger l'une des chambres  dont la terrasse est exposée aux rafales de pluie et de vent. Heureusement que les tapis peuvent servir momentanément d’éponges !

Journéee de pluie et de vent

Propos inhabituel également  dans ce blog . Si je suis avec intérêt les informations  tunisiennes et la façon dont se déroule le processus politique, ça ne me fait pas oublier que je suis française et que dans mon pays, il y aura bientôt  des rendez-vous majeurs à ne pas oublier pour tout citoyen.
C’est pourquoi ma préoccupation du moment est de suivre la campagne présidentielle qui se déroule en France. A la télé je suis accro aux meetings des uns et des autres et aux débats. Et si les médias et journalistes nous disent à longueur de papier et d’antenne que la campagne est ennuyeuse et terne, je suis fondamentalement en contradiction avec eux.
Cette campagne est intéressante parce que, en dehors des dérapages convenus sur des sujets mineurs, elle est parvenue à ce que les candidats s’expriment aussi sur l'essentiel c'est à dire sur leur programme. Ce qui fait que l’on a un paysage assez précis des enjeux proposés par les uns et les autres que ce soit sur  l’économie,  l'éducation, la santé, le type de société etc…
Quant à moi,  mon choix est fait depuis longtemps. Je me régale avec les interventions de Mélenchon. Bon orateur, cultivé, plein d'humour et fin pédagogue,  j’apprécie surtout la construction pédagogique de ses discours , en ayant recours à des exemples concrets, et en décortiquant le discours Le Pen pour montrer que sous les mots peuvent se cacher des idées néfastes.
J'apprécie le fait de considérer l’élection présidentielle non comme une fin en soi, mais aussi comme une stratégie avec comme objectif une véritable révolution citoyenne par les urnes. Oui notre vieux monde est  malade, en faillite et il nous appartient de trouver des idées nouvelles pour le reconstruire, pour lui redonner des bases différentes mais solides … Les indignés, ceux qui se regroupaient  dans les capitales d’Europe et du monde pour dire non au système en place, non  au libéralisme, non à l'argent roi, sont à prendre au sérieux. Notre monde ne peut plus être fermé, cloisonné. Les citoyens ont aussi leurs mots à dire et leur place à prendre … 
Je ressens le  « Qu’ils s’en aillent tous ! » de Mélencon comme un écho au « Dégage ! » tunisien...



Les discours, les meetings, le programme du Front de Gauche brossent les contours d’une société où l’humain a toute sa place, où  l’ homme  est au centre de tout . Alors, on se prend  à rêver  et on se dit : non, ce n’est pas possible une société juste, équitable, fraternelle !  Eh bien si, Mélenchon nous ouvre les portes d’un possible. Il n’est pas interdit de rêver après tout ! Oui Mélenchon nous réconcilie avec la politique. Ré-enchanter le monde en redonnant espoir et  en proposant des mesures en profondeur , c’est de la politique !   Réorganiser les institutions en prenant en compte les aspirations et les interventions des citoyens, c'est de la politique ! reconstruire une société qui donne toute sa place  au collectif comme  aux individus, c'est de la politique !… C’est aussi ce que voulaient faire les tunisiens après la révolution du 14 janvier…
Ce vrai discours de gauche, et l’idée d’une insurrection civique me plait, insurrection dont le premier acte est d’aller voter, de mettre son bulletin dans l’urne pour poser la première pierre d’un changement possible, d’un changement à venir. Barrer la route à Sarkozy,  peser sur la gauche socialiste, mais surtout redonner confiance, redonner espoir à beaucoup en créant un mouvement de fond qui pourra être un levier, une dynamique pour permettre au peuple des indignés d'aujourd'hui  d’exister , de s'exprimer et de faire valoir ses valeurs.
 

vendredi 9 mars 2012

Pauvre Tunisie !

Aujourd'hui temps gris, pluvieux et surtout venteux ce qui rafraichit considérablement les températures et ne me donne guère envie de me rendre à ma séance de piscine...
Aujourd'hui 9 mars : terminées les nombreuses émissions consacrées hier à la journée et à la lutte des femmes... Elles vont avoir besoin de courage, de force, d'énergie pour résister à la montée d'un islamiste dur et rigoureux... car même le gouvernement est bien indulgent avec les salafistes qui continuent leurs provocations et leurs agressions. Que va encore apporter avec lui ce vendredi de prière, prières dévoyées qui appellent à la violence contre toutes formes de liberté ?

Caricature parue dans Kapitalis
Alors que laTunisie est confrontée, elle aussi, à de graves problèmes économiques et sociaux, alors que la Constituante doit plancher sur la future constitution, le gouvernement laisse faire. Si Ennhadha veut rester au pouvoir, surtout ne pas résoudre les problèmes, ne rien accélérer et laisser pourrir la situation...

Qui a dit ?
«Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser…, laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté…».
Un certain Noam Chomsky je crois...

Pauvre Tunisie, bien difficile de maintenir cet espoir né de la révolution... et de se créer son propre chemin; pauvre Tunisie coincée aussi entre les stratégies des pays du Golfe et l'abandon des pays européens.

 "La Tunisie n'a pas à choisir entre Orient et Occident pas plus qu'entre religion et modernité. Mais elle doit rester fidèle à elle même, assumant pleinement son histoire trois fois millénaire et confiante dans le génie de ses enfants.
Le paysage politique enfanté par la révolution se décline désormais sous la forme de deux courants idéologiques opposés, antinomiques: l’un à caractère foncièrement religieux, voire conservateur, l’autre à visée moderniste faisant une séparation nette entre religion et politique, deux domaines n’obéissant pas à la même grille de mesure et d’évaluation."

vendredi 2 mars 2012

Impressions de retour

Retour au bercail après 3 semaines d'en France....
Alors où en est la Tunisie aujourd'hui ?
Déjà il y a eu passage de saison puisqu'ici le printemps a remplacé l'hiver à la fin février... Mais le temps tarde à se réchauffer, s'il fait bon dehors malgré un petit vent persistant, l'intérieur des maisons reste frisquet et j'ai du me réhabituer aux épaisseurs multiples (pull, polaire etc...) à l'intérieur. Bizarrement, on souffre plus du froid ici ... comment chauffer une pièce haute de plafond, aux fenêtres et portes mal isolées, sans compter la fameuse coupole qui attire la chaleur vers le haut ? J'étais en France au temps des grands froids mais je n'ai guère ressenti le froid... Ici on s'habille pour rester à l'intérieur, on s'enveloppe dans une couverture pour regarder la télé...
L'hiver a été dur pour les tunisiens, la neige n'était pas loin et les pluies et la fonte des neiges ont donné lieu à des inondations importantes dans certaines régions du pays.
Le climat social et politique est du même acabit ! Plutôt déliquescent !
Le temps de faire une rapide revue de presse pour reprendre le fil de l'actualité n'apporte rien de très réjouissant !
En vrac, grèves en tout genres, troubles et manifestations diverses, tensions persistantes à la frontière tuniso lybienne,  vifs débats à l'Assemblée Constituante non sur les problèmes de fond mais sur les temps de paroles dévolus à chacun et puis surtout, agression de journalistes et d'enseignants par les salafistes, propos inquiétants de la part de Ennhada qui lançait ce 28 février que la séparation du politique et du religieux n'etait plus à l'ordre du jour ! et toujours une présence de plus en plus visible des salafistes dans l'espace public !
Difficile donc l'instauration de la démocratie...
A Djerba, il me semble avoir vu plus de touristes que cet hiver...il me faudra sortir pour me faire une idée... et ce sera peut être l'objet de mon prochain post ...