"Notre printemps est un printemps

Qui a raison "

Paul Eluard



vendredi 29 juin 2012

Djerba plage


 Je me souviens qu’il y a très longtemps, lorsque je venais à Djerba, en matière de plage l’alternative était simple : les plages des hôtels (il fallait être client ou connaître quelqu’un pour y accéder) , la plage publique j’ajouterai « populaire » d’Houmt Souk à Sidi Mehrez  ou les innombrables possibilités de plages ou criques sauvages  un peu partout autour de l’île … et où les djerbiens passaient  leur dimanche en pique- niquant…
Maintenant , de nouvelles plages ont fleuri ça et là : l’accès est libre et si l’on veut , on peut moyennant quelques dinars,  bénéficier de l’ombre d’un vrai parasol , (pas en plastique avec des inscriptions commerciales, pas encore,  mais un vrai parasol issu du palmier ) , on peut aussi  s’allonger sur un transat…
La buvette n’est jamais loin, ni les marchands de beignets …

Mais aujourd’hui  le vrai bonheur de ces plages, outre le sable blanc et la mer limpide au camaieu de bleu et de vert , c’ est l’extraordinaire diversité des gens qui s’y côtoient : des familles,  tunisiennes ou libyennes, des familles mixtes, des étrangers, des gens en maillot de bain ou en  bikini, des femmes qui  se baignent  entièrement  habillées, des  jeunes qui jouent au ballon, des couples d’amoureux, des gens seuls,  bref la société tunisienne telle qu’elle est , vivante, colorée , diverse …

Un vrai bonheur que de voir , sur la plage, tous ces gens s’amuser, nager, parler , rire, prendre le soleil, écouter de la musique … La vie, quoi !
Un immense pied de nez à tous les salafistes ….

samedi 16 juin 2012

Nous sommes tous des artistes tunisiens ...


C'est le titre d'un article paru dans la presse et c'est aussi le sentiment de solidarité que l'on a quand on voit le sort réservé aux artistes et créateurs, considérés comme des boucs émissaires.

Suite à la fermeture de l'exposition du Printemps des Arts mais surtout suite aux propos haineux de certains membres du gouvernement à leur encontre, sans parler des fausses informations mises en avant pour attiser la haine des salafistes, les artistes contre attaquent et déposent une plainte contre les ministres des Affaires Religieuses, de l'Intérieur et de la Culture. 
Ils rejettent l'accusation d'atteinte au sacré et réclament l'inscription des droits culturels dans la nouvelle constitution.

Il est vrai que tout celà atteint des sommets, lorsque l'Imam de la mosquée Zitouna va jusqu'à appeler au meurtre des artistes "blasphémateurs" , il y a de quoi être révolté et inquiet ! Réponse du gouvenement : cet imam sera déchu et n'assurera plus les prêches ... On attend la suite ...

En parallèle à cette affaire, les discussions vont bon train sur la place de l'art .
Mais on ne parle guère du rôle de l'artiste en général  : n'est il pas justement celui de déranger ? voire de dénoncer ? d'éveiller les consciences ? de traduire ce que chacun  peut percevoir ? de nous interroger ? de nous divertir ? de faire passer des émotions ? de nous aider à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons ?
Les artistes font partie intégrante de la société, une société sans artistes serait stérile . Que sait on aujourd'hui des sociétés antiques ?  comment connait on les anciennes civilisations ? n 'est ce pas l'art qui les a fait connaître et leur a donné leurs lettres de noblesse ?

Alors oui, aujourd'hui nous voulons tous être des artistes tunisiens !

jeudi 14 juin 2012

Et la Révolution ?

Vague de violences et de haine.

Casseurs ? Salafistes ? Manipulations diverses?

Ce à quoi le gouvernement répond pour le principe en renvoyant dos à dos les uns et les autres, histoire de faire bonne mesure...

"Les 3 présidences dénoncent l'atteinte au sacré et accusent des groupes extrémistes de menacer les libertés "
Couvre-feu
La liberté d'expression est bien mal en point...

Histoire "d'apaiser" !!! la situation Rached Ghannouchi lance quelques propositions... "former des comités de quartiers en soutien aux  forces de l'ordre" !!! ,  "appel à une marche pour dénoncer l'atteinte au sacré " ce vendredi après la prière !!!  Tiens , coïncidence ???? , ce même jour, à la même heure  le représentant d'Al Qaïda appelle tout simplement à la guerre sainte en Tunisie ....

Allons , allons !


Dessin deWillisFromTunis


dimanche 10 juin 2012

Djerba ..." où l'air est si doux qu'il empêche de mourir"

Aujourd'hui , vents NE , 30 km/h.
Depuis quelques jours , beaucoup de vent à Djerba .

En général on dit que de novembre à mars soufflent les vents d'ouest, que de mars à mi juin ce sont plutôt les vents du sud , vents chauds dont on connaît le sirocco et ses tourbillons de poussière  et que l'été arrivent les vents d'est porteurs de fraîcheur.

En fait, j'ai beaucoup de mal à déterminer d'où viennent les vents ici, j'ai l'impression qu'ils viennent de tous côtés et changent vite ... Le fait d'être sur une île doit y être pour beaucoup , mais il est vrai que j'avoue mon ignorance totale sur ce sujet.

Du vent dans les palmiers

Finalement c'est dans l'ouvrage de Foued Rais "Si Djerba m'était contée..." que j'ai pu trouver une rose des vents de Djerba.
"La rose des vents indique une dominance d'est et de nord-est de vitesse généralement modeste. En été, ces vents se transforment la plupart du temps en une brise agréable peu commune dans le sud tunisien. Le sirocco , si fréquent en été dans le sud du pays, n'y souffle que quelques jours par an et y arrive adouci par la mer."

Tout ceci pour dire que Djerba est vraiment particulière, à la croisée des climats méditerranéen et  saharien avec en plus une présence très forte de la mer qui lui donne cette touche d'humidité et lui confère cet attribut de cinquième saison ! 
Emmanuel Grévin, l'auteur de "Djerba, l' île heureuse" le disait déjà à son époque :

" À Sfax, l’hiver vous aura quittés ; à Gabès vous trouverez le printemps ; à Tozeur l’été ; et à Djerba vous découvrirez la cinquième saison. Mais oui Monsieur, la cinquième saison, ce climat spécial à l’île de Djerba, si étrange, fait de sécheresse extrême, de brise marine, de fraîcheur et de rosées nocturnes, de quelque chose de rationnel, de tempéré en tout."

Dans ce climat djerbien ,  l'humidité  et la rosée nocturne sont importantes et jouent un rôle essentiel et vital pour les plantes . D'ailleurs, même en plein été on le sent bien lorsqu'on sort (ou plutôt que l'on rentre à la maison) vers 2/3 heures du matin !
En regardant de plus près la météo je me suis penchée , juste pour le fun, sur ce terme, très poétique et évocateur : le point de rosée ! En fait c'est la température à partir de laquelle l'air devient saturé en vapeur d'eau donc l'eau contenue dans l'atmosphère se condense et forme la rosée.

Aujourd'hui point de rosée à 19° et humidité relative 65,4%.


samedi 9 juin 2012

Le soleil se retire triste sur la pointe des pieds

Le soleil se retire triste sur la pointe des pieds

C'est l'un des vers , magnifique et sensible,  d'un poème dédié à Ramzi Bettibi , journaliste bloggeur sur Nawaat  entré en grève de la faim pour exiger les droits d'accès des journalistes au procès des assassins présumés des martyrs de la Révolution. La graphiste WillisFromTunis à elle aussi apporté sa vision des choses :




C'est aussi l'ambiance générale ici et la lecture des titres des articles dans la presse n'est guère réjouissante . Et il semble que la majorité des tunisiens ne soient guère optimistes comme le suggère ce sondage paru dans Tuniscope où 84% des interrogés "ressentent une montée de l'extrémisme religieux " constituant ainsi une menace pour les libertés individuelles et la liberté d'expression , pour la sécurité des biens et des personnes mais aussi pour l'économie. Pour ces sondés, le gouvernement n'a pas pris les mesures nécessaires ce qui renforce le sentiment d'impunité des radicaux...

Autre cri d'alarme celui des intellectuels tunisiens qui publient un manifeste sur l'avenir de la démocratie en Tunisie :
L’horizon d’espérance que la révolution tunisienne a ouvert est en train de s’obscurcir. L’esprit de liberté qui l’a animé subit chaque jour de graves atteintes qui instaurent un climat d’intimidation et de violence. Six mois après l’élection de l’Assemblée constituante, la Tunisie connaît une situation qui inspire de grandes inquiétudes.
Les signataires du présent manifeste estiment de leur devoir d’alerter leurs concitoyens sur le danger qui guette. Nous ne pensons pas que les menaces actuelles sont dues aux difficultés propres à toute transition démocratique. Nous les attribuons aux violations délibérées des principes mêmes de la démocratie naissante.
Ces atteintes proviennent du parti Ennahdha et du gouvernement qui en est l’émanation. Nous avons espéré que les transformations que ce parti islamiste déclarait avoir accomplies étaient réelles. Beaucoup de Tunisiens ont parié que ce mouvement pouvait être porteur d’une conception démocratique inspirée par l’islam. Or, les discours et les actes démontrent le contraire. Une volonté hégémonique vise à s’emparer de tous les pouvoirs. L’idéologie islamiste avance pour imposer à la société tunisienne son ordre dogmatique.

" Le soleil à force d'avoir été présent est épuisé
Il se retire triste sur la pointe des pieds ...
(Le peuple) décide sans hésiter
De toucher la mort pour accrocher la vie."
Lilia Bouguirra