"Notre printemps est un printemps

Qui a raison "

Paul Eluard



vendredi 28 septembre 2012

La colère des femmes

L'affaire qui secoue la Tunisie en ce moment a de quoi nous attrister et nous mettre en colère.
 
Il s'agit du viol d'une jeune femme par 2 policiers alors qu'un 3ème retenait son ami.
La jeune femme a porté plainte, les policiers ont été incarcérés mais le comble c'est qu'elle et son ami sont poursuivis par la justice tunisienne pour atteinte à la pudeur et voies de fait !!!
Comment de victime se retrouver accusée !!!
 
L'avocate qui a révélée cette affaire début septembre, Me Radhia Nasraoui,  vient aussi de mettre à jour le viol d'un jeune homme à Gafsa.
 
La société tunisienne s'enflamme donc pour ce fait divers. ONG, associations féminines, avocates, parlementaires ont pris nettement position accusant les islamistes d'Ennhadha d'avoir favorisé, voire encouragé les forces de l'ordre à jouer les milices morales et à  réprimer ouvertement les femmes pour leur tenues vestimentaires ou autres comportements.
 
A lire aussi dans "Leaders" , la colère des femmes de la Troïka : Karima Souid (Ettakatol), Sihem Badi et Samia Abbou (CPR), Maherzia Labidi (Ennhadha).
 
 
Voir aussi le blog de Benoît Delmas du "Courrier International".
 
Peut on parler de cause à effet ou de coïncidence , cette semaine Ennhadha qui avait proposé d'inscrire dans la Constitution le principe de complémentarité pour les femmes, vient de retirer ce projet de texte....

mardi 25 septembre 2012

Tunisie : adieu libertés ?

Ce matin, je me contente de reprendre un bel article de Jeune Afrique que je vous recommande de lire dans son intégralité ...
Attention , n'oubliez pas de lire aussi la ponctuation car dans le titre le point d'interrogation a toute son importance.
Attention, le peuple tunisien veille ....


La quasi-totalité des salariés de Dar Assabah réclame le départ du patron du groupe.© AFP


Tunisie : adieu libertés ?

Gel du code de la presse, nomination d'hommes liges à la tête des grands médias, pressions en tous genres... La volonté des islamistes d'encadrer l'information fait craindre le retour de la censure et de l'autocensure en Tunisie...


Conquêtes les plus précieuses et les plus fragiles de la révolution, les libertés nouvelles risquent d'être balayées. « À partir du 14 janvier 2011, nous avons vécu un moment de grâce rarissime, une période de liberté totale, et cette fenêtre devait se refermer. Mais elle se referme beaucoup trop, et ceux qui en sont responsables agissent comme Ben Ali en instillant insidieusement la peur dans nos esprits », s'inquiète Karim Ben Smaïl, patron des éditions Cérès...


« Le pouvoir actuel n'apprécie pas du tout la manière dont il est traité par les médias et veut absolument les contrôler en procédant par étapes. Les responsables sont nommés non pour leurs compétences, mais pour leur complaisance. »
 
... Larbi Chouikha, universitaire spécialiste des médias, ancien membre de l'Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) et de l'Instance nationale pour la réforme de l'information et de la communication (Inric), organe chargé après la révolution d'étudier les moyens d'assainir et de réglementer le secteur médiatique : « Nous avions prévu la création d'une instance de contrôle de l'audiovisuel et élaboré deux textes pour encadrer la liberté de la presse : les décrets 115 et 116, promulgués en novembre 2011 par le précédent gouvernement de Béji Caïd Essebsi. Mais le gouvernement qui lui a succédé en décembre a décidé de tout geler. Ce vide juridique lui permet de nommer sans concertation ni contrôle les personnes qu'il souhaite. »...
 
Symptomatiques du pouvoir benaliste, la censure et l'autocensure gangrèneraient de nouveau les rédactions...
 
Élément d'intimidation suprême et cheval de bataille du parti islamiste, la criminalisation de « l'atteinte au sacré » permettrait des poursuites contre quiconque dénigrerait les valeurs religieuses. ... « Ennahdha souhaite introduire la notion d'atteinte au sacré dans deux articles de la Constitution. Avec ça, on peut tuer les libertés de penser et d'expression », prévient Yadh Ben Achour...
 
Mais les dérapages que s'autorisent des journalistes sans vraie formation et une presse longtemps muselée justifient-ils les menaces que ferait peser Ennahdha sur de nombreuses autres libertés en laissant les salafistes les plus radicaux promouvoir par la violence leur vision de l'islam ? Ennahdha prône l'indulgence à l'égard de ces « jeunes égarés », mais on devine l'angoisse du parti face à leur activisme et celui de ses propres extrêmes. Pour certains, le parti serait même complice des salafistes, quand d'autres y voient sa brigade officieuse de répression du vice et de promotion de la vertu et dénoncent l'impunité dont ils jouissent....
 
Car si le ciel est lourd de menaces, si certaines peurs resurgissent, les Tunisiens répètent comme un mantra : « La transition est compliquée mais la révolution ne peut pas mourir : le peuple veille, la société civile est forte et nous protégerons nos libertés comme nous les avons conquises. » Et beaucoup insistent auprès du journaliste qui fouine : « Ce que je vous déclare là, je n'aurais jamais pu le dire sous Ben Ali. »

jeudi 13 septembre 2012

Il était une fois la Révolution ...

Après 2 mois passés en France  essayons nous à un peu d'analyse sur la situation en Tunisie et replongeons nous dans la presse tunisienne !
Mes lectures de rentrée , hélas, n'augurent rien de bon pour les mois à venir !

WillisFromTunis
 
 
La majorité (silencieuse) des tunisiens sont bien évidemment déçus par Ennhadha ce parti au pouvoir qui s'est résolument placé sur le terrain religieux au lieu de s'occuper des questions économiques et sociales, au lieu de s'intéresser à la réelle gestion de l'Etat, ou à l'avancement de la Constitution...
 
S'il y avait des élections aujourd'hui, beaucoup d'observateurs s'accordent à dire que Ennhadha courrait à l'échec...
 
Les efforts de ce parti  ont par contre porté sur la nomination partisane de  nahdhaouis à tous les échelons de responsabilité pour verrouiller le pouvoir , pour cadenasser les institutions, car c'est là son seul intérêt. Les lois concernant "les troubles à l'ordre public" offrant la possibilité de poursuivre n'importe quelle personne  et le maintien d'un sentiment d'insécurité permettent de garder la main mise sur tout ce qui bouge...
Ce qui gêne Ennhadha c'est tout simplement la démocratie qu'il s'essaie à tout prix de museler.
 
...son vrai ennemi n’est ni la gauche qui se restructure, ni Nida Tounes de Béji Caïd Essebsi qui gagne du terrain, ni l’Ugtt comme force syndicale incontournable… Le vrai ennemi pour lui est tout simplement la démocratie du moment qu’elle est la seule à pouvoir décider d’attribuer le pouvoir à un parti autre que le sien (à moins, bien évidemment, d’une nouvelle révolution ou un coup d’Etat)...
 
 
Ajoutons à cela quelques guéguerres de clans au sommet de l'Etat, une lutte d'influence géostratégique et  souterraine à coups de pétro dollars entre le Qatar (pro Frères Musulmans) et l'Arabie Saoudite (pro salafistes),  un zeste de folie venant de la Libye toute proche sans compter les armes lourdes qui se baladent dans le désert  .... voilà un cocktail détonnant pour les mois à venir !...
 
Une fois ceci posé, profitons encore pleinement de l'accueil hospitalier de Djerba, de ses charmes et de son climat de tolérance.