"Notre printemps est un printemps

Qui a raison "

Paul Eluard



jeudi 29 novembre 2012

Siliana au coeur

 
Depuis mardi l'ensemble de la population de Siliana (ville située à 120 km au sud ouest de Tunis - région verte, agricole, pourvue de quelques industries agroalimentaires elle est aussi truffée de sites archéologiques) est dans la rue , soutenue par les syndicats, les associations et la majorité des partis politiques.
 
A l'origine manifestation pacifique pour attirer l'attention du gouvernement sur cette région déshéritée où aucun changement n'a eu lieu depuis la révolution (chômage de masse : 6600 chômeurs dont 4000 diplômés de l'enseignement supérieur - source UGTT) . Malgré des demandes réitérées depuis des semaines auprès du gouverneur pour entamer des discussions sur le développement possible de la région et ne voyant rien venir la population excédée s'est lancée dans un sit in qui a dégénéré suite à des jets de pierre. Le gouverneur (nommé par Ennhadha) est clairement mis en cause devant son incapacité à ouvrir le dialogue, à proposer des réalisations concrètes et à relancer les activités économiques.
A celà s'ajoute la demande de libération de prisonniers politiques incarcérés depuis avril 2011 pour fait de grève générale et non encore jugés.
 
Depuis mardi donc, la population est dans la rue exigeant le départ du gouverneur aux cris du désormais célèbre  "Dégage !".
 
Aux jets de pierre, les forces de l'ordre ont immédiatement répliqué par une répression brutale, puis par des gaz lacrymogènes et l'usage de balles réelles. Les forces locales ont été remplacées par des forces de l'ordre venues d'ailleurs , et les affrontements se sont intensifiés hier. On dénombre  plus de 150 blessés (selon le gouvernement) , l'hôpital régional ne pouvant faire face, de nombreux blessés ont été transférés à Tunis.
 
Le 1er ministre Jebali se refuse au départ du gouverneur et campe sur ses positions, il entend bien de ne pas céder devant les manifestants. Le dialogue n'est pas à l'ordre du jour comme sur tous les autres problèmes qui surgissent ça et là. A l'heure où j'écris ces lignes, il semblerait que les forces dites "de sécurité" se soient retirés de la ville.
 
Ces manifestations, ces revendications sociales pourraient facilement s'étendre et pourtant elles  sont traitées avec une extrême légèreté  sur le fond et une brutalité sans commune mesure sur la forme.
Le calme est précaire à Siliana ... et Siliana me semble bien seule...
C'est pourquoi aujourd'hui, j'ai Siliana au coeur.
 
Pour suivre tous les articles sur ce sujet une seule adresse : thalasolidaire !

 

samedi 24 novembre 2012

Aujourd'hui c'est l' Achoura !

Un bruit de tambour, des cris et rires d'enfants .... et puis bientôt un coup de sonnette !
Vite, ai - je bien des chocolats et bonbons à distribuer ?
 
Aujourd'hui, on fête l'Achoura (de Achara: dix, le 10ème jour de l'année), eh oui nous sommes aujourd'hui le 10 Moharrem de l'année 1434 selon le calendrier musulman !
 
A l'origine fête judéo - musulmanne , l'Achoura  est célébrée différemment dans le monde musulman : synonyme de deuil pour certains (elle commémore la mort tragique du petit fils du prophète Hussein lors dela bataille de  Karbala), journée où l'on rend visite aux morts , ce peut être aussi une journée de jeûne (pour expier tous les pêchés de l'année),  mais je crois qu'elle s'est transformée en une fête populaire , joyeuse et bruyante... où l'on allume de grands feux de bois et où l'on peut faire bombance...
 
Dans mon souvenir, je me rappelle qu'au Maroc elle était associée aux enfants vêtus de neuf ce jour là et à qui l'on offrait des jouets...
C'est l'occasion de manger des douceurs , de type fruits secs ... Ici en Tunisie, les traditions culinaires varient  aussi selon les régions : poulet aux vermicelles, couscous aux oeufs et  raisins secs ... Ce sera certainement la recette de ce soir !
 
Alors, bonne fête et bon appétit ! Chahya tayba !
 
La photo du couscous sera peut être pour demain !

vendredi 23 novembre 2012

Pas de tapis rouge pour la Culture !

Je relaie hélas avec tristesse cette info dont j'avais déjà entendu quelques échos à la radio ....
C'est un article paru dans Kapitalis sous le titre "Quand l'abrutissement des peuples est organisé par l'Etat !" et il est édifiant à lire...
 
"La dernière Foire du livre de Tunis augure une belle régression, une plongée dans l'obscurantisme religieux, la médiocrité intellectuelle et le mauvais goût."
 
Que dire également des Journées Cinématographiques de Carthage : 24ème session pour cette Biennale du cinéma arabe et africain , le plus ancien festival des cinémas du Sud  qui se tient du 16 au 24 novembre.
 
La photo de l'affiche a déjà créé un buzz à ellle toute seule.. D'abord pourquoi faire appel aux créateurs tunisiens puisqu' il existe des banques où puiser des images toutes prêtes !
Quant à la nomination plus que tardive d'un "organisateur "..... elle est à l'aulne du reste...
En ce qui concerne la programmation , elle a divisé les cinéphiles...
entre le dernier film de Nouri Bouzid (censuré selon certains, non projeté pour des raisons techniques selon d'autres), les grands noms du cinéma tunisien ont été  "oubliés" lors des invitations...
 
Selon le documentariste Hichem Ben Ammar
«On est effectivement en plein naufrage! L'État se montre de plus en plus incapable de préserver les acquis de ce festival qu'il traite de manière purement bureaucratique. La nomination tardive, par le ministère de la Culture, de la direction du festival, est à l'origine de tous les handicaps». ..Il estime que «l'inexistence d'un bureau permanent (si souvent réclamé) est aussi une des tares de cette manifestation créée en 1966 et qui ne capitalise pas sur les expériences réussies.»

Enfin sur le web peu d'articles où faire son miel si ce n'est celui ci paru dans Mille & 1 Tunisie sous un titre pas très enthousiaste : JCC : Le dernier Mirage .

Alors attendons le bilan !

Les films primés à voir sur Mag 14

mercredi 21 novembre 2012

Tunisie / Union Européenne : entre promesses et réalités

 
 
L' Union Européenne et la Tunisie viennent de signer ce 19 novembre un accord selon lequel la Tunisie accède au statut de partenaire privilégié de l'UE.
 
Faut il oui ou non s'en réjouir ?
La première réponse serait d'emblée oui, oui et oui. 
 
"Cet accord prévoit une consolidation de la coopération entre les deux parties prenantes ayant trait à divers domaines, à savoir : la recherche scientifique, les affaires sociales, la circulation des personnes (en la facilitant par le biais d’une approche globale concernant la question de l’immigration), la création d’emplois (notamment dans les régions démunies) ainsi que l’aide financière. Bref, l’UE s’engage envers la Tunisie, sur une période de cinq années, à lui apporter l’assistance technique et financière à même de hisser les secteurs de l’économie nationale et par ricochet, ériger la position de la Tunisie dans la sphère méditerranéenne. De quoi nous en mettre plein la vue !"

 
Mais lisons entre les lignes et en y regardant de plus près , on s'aperçoit qu' en dehors d'un premier point de vue formel mis en avant par le Front Populaire de Mr Hammami :
 

"un gouvernement provisoire n’est pas habilité à négocier des accords stratégiques qui engagent la Tunisie sur le long terme ... (sans compter que) l’ensemble des partenaires sociaux n’aient pas été consultés au préalable dans les négociations de l’accord, a de même été motif de contestation"

 
Il existe aussi de nombreux points qui posent question et qui semblent n'être , qu'une fois de plus, que de la poudre aux yeux ! 
D'abord , sur le principe , quid de la réciprorité ? notamment en matière d'appels d'offres ! on a bien dit partenaires ? non ? comme d'habitude ce seront les intérêts du plus fort qui primeront... et la liberté de circulation des personnes sera-t-elle la même dans les deux sens ?
 
Si les résultats escomptés de ce partenariat se dessinent sur trois grandes lignes : le doublement des aides financières, l’accessibilité des produits agricoles au marché européen et la promotion des industries tunisiennes.
 
Selon plusieurs personnalités du monde politique et économique tunisien ,
 
  le statut privilégié avec l'UE "renforce la dépendance économique et nuira à l'indépendance de l'économie nationale tunisienne".
"la Tunisie ne pourrait aucunement concurrencer les pays européens dans les secteurs agricole et des services d'où la Tunisie devra accepter par étape les différentes dispositions de la convention avec l'UE".

"Du côté du secteur agricole, et eu égard à l’état des lieux actuel, les produits que la Tunisie pourra exporter sur le marché européen ne seront nullement compétitifs....  "
" L’ Union européenne affiche un intérêt particulier à la Tunisie et aux pays de la région méditerranéenne, craignant les perturbations d’ordre politique et social ..."
 
et n'ayant qu'en tête la question comment fermer les portes à l'immigration (c'est moi qui rajoute) . Voir à ce sujet le positionnement de la France de Mr Hollande : Les Tunisiens, 1ère nationalité expulsée de France à lire sur Webdo qui reprend un article de Médiapart , nous n'avons pas de quoi être fiers !
 
 
Et pour terminer et entre parenthèses , un grand clin d'oeil à Thalasolidaire sur le blog duquel j'ai honteusement repiqué les articles qu'il avait pris soin de regrouper ...

 

jeudi 8 novembre 2012

Gaz de schiste : en Tunisie aussi !

Les problèmes énergétiques étant ce qu'ils sont, aujourd'hui l'énergie à la mode est le gaz de schiste. Tout le monde en parle pour ou contre.
 
Ce gaz  d'origine naturelle se trouve dans certaines roches et pour pouvoir l'exploiter il faut fracturer ces roches ceci entraînant  de nombreux effets indésirables tels que risques sismiques, pollutions irrémédiables des sols et de tout ce qui vit, consommation massive d'eau et bien évidement problèmes de santé pour les hommes ...
 
Mais c'est bien là le dernier souci des sociétés pétrolières qui ne voit là qu'une rentabilité supplémentaire et flairent un nouveau bon créneau et se précipitent donc sur les gisements à exploiter.
 
La Tunisie , comme la France, possède elle aussi de forts potentiels de ce gaz.
 
Le gouvernement tunisien a conclu il y a 2 mois en toute discrétion un accord de principe avec Shell prévoyant l'exploration en 2013 de différents bassins dans 4 régions du pays !  Le principal argument du ministre est économique il  prétexte  l’épuisement dess ressources en gaz et  l’envolée des coûts de l’énergie...
Bien sûr, comme à l'accoutumé, l'ANC n'a pas été consultée, ni les experts et encore moins les tunisiens ! Aucun débat public n'a eu lieu.
 
Mais heureusement la société civile veille !
 
Plusieurs dizaines d'écologistes et d'experts ont manifesté, ce mercredi 7 novembre 2012, devant le ministère de l’Industrie pour protester contre les déclarations du ministre de l’Industrie au journal « Al Maghreb » en date du 2 novembre 2012, faisant état d’ un accord définitif accordé à la société Shell, et ce en dépit du danger que représente cette technique d’exploration et son impact écologique grave sur la santé des Tunisiens.
 
Photo DirectInfo
 
Et pour couronner le tout , voici qu'intervient le Qatar ! Il pourrait devenir le principal actionnaire de Shell !
"Et voici que l’on apprend, que ce sont des fonds d’investissements qataris qui pourraient également indirectement contrôler l’exploitation du gaz de schiste dans notre pays."

lundi 5 novembre 2012

Vive les couples mixtes !

Aujourd'hui je prends le parti de poster sur un thème largement rebattu dans le forum Expat Blog Tunisie et ce que je pourrai appeler les relations hommes / femmes . A traduire par  tunisiens / voire djerbiens versus européennes.
Les messages fusent de toute part, chacun campant furieusement sur ces positions. Il y a ceux qui connaissent cette situation d'après les nombreux témoignages laissés sur internet et qui font état d'une véritable institution de chasse aux euros via les sentiments "le bezness". Il y a celles qui en ont été victimes et sont donc acerbes. Il y a celles qui disent moi je n'y toucherai jamais. Il y a celles qui au hasard de vacances se découvrent des sentiments pour un beau tunisien... et veulent tenter leur chance... et heureusement il y a ceux et celles qui ramènent cette question à ce qu'elle est une relation homme / femme qui ne supporte que l'intimité.
 
Ces amours ont depuis très logtemps alimenté les cancans ici à Djerba où depuis très lontemps les touristes ont craqué pour des tunisiens travaillant dans les hôtels et menant souvent une double vie.
 
Alors, oui il existe bon nombre de tunisiens qui ont pu grâce au portefeuille d'européenne consentante améliorer leur vie et celle de leur famillle !
Oui il existe des arnacoeurs, des filous, des hommes cyniques , mais là ce n'est pas qu'en Tunisie !
Oui il existe des femmmes fragiles, faibles, blessées , mais là ce n'est pas qu'en Tunisie !
Oui il existe donc des couples qui ne durent pas, qui se terminent mal, très mal avec généralement une femme éplorée, et qui rentre au pays lessivée sans rien. Tiens, ça existe aussi ailleurs , dans nos pays européens !
 
Mais il existe aussi des couples qui se forment tant bien que mal, des couples qui s'adaptent l'un à l'autre, et même des couples qui durent, qui s'installent en Europe ou en Tunisie, qui font des enfants, qui s'aiment et mènent la vie qu'ils ont choisie . Entre temps ils auront peut être galéré, soit l'un , soit l'autre, difficile de s'adapter aussi aux us et coutumes des famillles, difficile de voir sans cesse dans le regard des autres un sentiment de mépris ....
 
Mais qu'y a t il de plus beau que la mixité ? l'ouverture à l'autre ? l'apprentissage réel de la tolérance ? la notion de respect ? Toutes ces valeurs dont notre monde a bien besoin !
 
Quant à moi, élevée dans une famille qui ne lésinait pas sur les valeurs républicaines liberté/égalité/fraternité j'ai vécu et je vis toujours une belle histoire d'amour avec un tunisien. Tout aurait pu nous séparer culture, âge, religion, milieu professionnel ... mais notre histoire a maintenant plus de 20 ans !
En France on ne se serait jamais rencontrés , eh oui, on continue de se marier majoritairement dans son cercle social ou professionnel ... quoique maintenant Internet vienne faire singulièrement bouger les lignes ...
 
Alors un conseil à toutes celles qui s'embarquent dans une histoire de ce type. Il faut savoir écouter et suivre son coeur mais rester vigilant (comme dans n'importe quel couple) sur les valeurs de respect, de tolérance, sur ce qu'on est prêt à accepter de l'autre, de la famille de l'autre, de la culture de l'autre.. et ce n'est pas toujours facile ... il faut savoir savoir créer de l'échange, de la complicité et surtout de la confiance (mais pas aveugle !) et ceci comme dans n'importe quel couple !
Mais quand ça marche c'est une superbe victoire et combien enrichissante pour soi, pour son couple,   superbe victoire aux yeux des autres qui prouve que hommes et femmes peuvent s'accepter et s'aimer dans leurs différences...
 
Alors que vivent les couples mixtes ! 

jeudi 1 novembre 2012

Automne tunisien : climat délétère

Sous le titre : Escalade de la violence en Tunisie, de nouveau un bon article de Frida Dahmani à lire dans Jeune Afrique.
 
Entre les violences perpétrées par les salafistes (ne seraient ce pas plutôt des gangsters , des assassins, des bandits payés et manipulés par on ne sait trop qui ? en tout cas la religion n'a rien à voir là dedans si ce n'est une "couverture" bien pratique par les temps qui courent) ,
le laxisme et le silence de l'Etat, de cette Troïka atone,
l'insécurité qui règne où même les forces de l'ordre se sentent mal à l'aise et souffrent elles aussi du manque d'état,
à l'heure où l'on assiste à une augmentation massive des prix pour le quotidien des tunisiens,
cet automne se voile hélas de couleurs brunes....
 
L’ennemi commun désigné par les salafistes de tous poils est le parti fondé par l’ancien Premier ministre Béji Caïd Essebsi, qui grimpe en flèche dans les sondages. Les radicaux forcent le trait, font volontairement l’amalgame entre militants de Nidaa Tounes et RCD, ressortent même du fond des tiroirs du ministère public une affaire de complot contre la sûreté de l’État qui impliquerait aussi bien d’anciens proches de Ben Ali, dont Kamel Letaief, que des proches de Essebsi et de son parti.
Cousue de fil blanc, la manœuvre semble être aussi une diversion. Car l’essentiel de ce qui se joue en Tunisie n’est pas dans la rue, il est à l’Assemblée nationale constituante. Une première lecture de la Constitution est en cours. Le projet présenté est très controversé. Il ne mentionne pas le caractère civil de l’État, donne trop de place à la famille et fait référence aux valeurs du sacré sans tenir compte des référentiels universels. Une mouture sans créativité et liberticide, bien en deçà de ce qui était attendu après une révolution.


Lu aussi dans Business News du 31/10
 
Le hic aussi, est qu’au milieu de ces multitudes de voix qui s’élèvent partout, l’opinion publique est perdue. Personne parmi les autorités compétentes n’ose ou ne veut se prononcer avec clarté et transparence sur les véritables identités des personnes arrêtées lorsque c’est le cas. On se contente du cliché bateau : une enquête a été ouverte, il est trop tôt pour se prononcer. La justice se chargera de tirer les choses au clair et de délimiter les responsabilités.
Or, à quelques exceptions près, s’agissant – faut-il l’avouer- des cas où ce sont des journalistes ou de personnes qualifiées de laïques qui sont accusés, peu d’enquêtes ont abouti ou de sentences prononcées. Où en est l’enquête sur les tristes événements survenus le 9 avril 2012 à l’Avenue Habib Bourguiba ? Et pourtant, les vidéos, les photos et les témoignages de personnes crédibles sont bien là…
Où en est l’enquête concernant l’agression contre l’élu français d’origine tunisienne à Bizerte ? Où en est l’enquête à propos des actes de vandalisme contre le mausolée de Saïda Manoubia, s’agissant pourtant d’un monument de très grande valeur historique faisant partie du patrimoine national tunisien ? Où en est l’enquête sur le meurtre de Lotfi Nagdh à Tataouine ? Où en sont les enquêtes sur les émeutes à Gabès, à Jendouba, à Bizerte, à Sijoumi, à la banlieue Nord ? Et on en passe tellement la liste est longue !