"Notre printemps est un printemps

Qui a raison "

Paul Eluard



lundi 31 décembre 2012

Douz : le Festival du Sahara

Et quel Festival !
 
Malgré de faibles moyens, malgré une organisation qui laisse à désirer, magré des conditions de sécurité à faire pâlir tout occidental ce Festival est superbe parce que vrai, authentique, et pris en compte par toute une cité et ses habitants ! Quelque chose de chaleureux, d'humain s'en dégage...
 
Tant pis si le slougui refuse de courir après le lapin !
Tant pis si le dromadaire qui allait gagner la course se détourne à 3 mètres de l'arrivée !
Tant pis si le méhariste termine sa course à pied derrière son chameau !
Tant pis si les musiciens ne sont pas vraiment à l'unisson !

 
 
Mais quelle surprise de voir tant de gens rassemblés !
Toute cete foule venue en famille de la Tunisie entière ! 
Quel émerveillement dans cette tribune de la Place H'nich où le regard porte au loin sur les premières dunes !
Quelle joie d'encourager les méharis pour leur marathon !
Quel plaisir de déambuler ensuite parmi les cavaliers qui arborent le bel harnachement de leurs chevaux ! toutes ces broderies colorées !

 
Quel découverte de rencontrer ces méharistes avec leurs dromadaires aux selles les plus diverses : les sculptées, les tapis multicolores, les pompons de laine !
Quel bonheur d'écouter vibrer à chaque coin de rue les tambours et les zokra des gougous, les karkabous des nomades algériens !
Et enfin quel plaisir de déguster la fameuse tabga du désert !

 

vendredi 28 décembre 2012

Noël à Douz

A Douz, c'était la fête ou plutôt le Festival ...

Cette année c'était la 45ème session de ce Festival International du Sahara qui a connu sa toute première en 1910 sous le nom de "Fête du dromadaire"  car il s'agit bien ici de célébrer cet animal si cher au coeur des nomades.

Douz, petite oasis tranquille aux portes du désert, s'était transformée pour l'occasion. Pendant 4 jours, les Mrazigs, nomades ou semi nomades tunisiens  y accueillent des nomades venus d'autres régions. Etaient présents cette année des algériens, des libyens et des égyptiens , c'est l'occasion de faire connaître leur culture et leurs traditions et de proposer au public des scènes de la vie quotidienne, des chants, des danses etc...

Alors, que je vous raconte ...
Par quoi commencer ? 
 
La foule Place H'inich - Douz
 
D'abord la foule, très nombreuse, qui vient de la Tunisie entière pour voir  les "spectacles" proposés par ces nomades. En fait il ne s'agit pas de spectacle mais plutôt de tableaux vivants : la course de cavaliers avec des chevaux sur leur "31" harnachés de cuir, de broderies... le marathon des méharis sur leurs fières montures blanches ou brunes... les sloughis qui fondent sur leur proie à toute vitesse... un combat de dromadaires... mais aussi des jeux comme le hockey sur sable, sans oublier une impressionnante "danse des cheveux" par des jeunes femmes aux tenues colorées.
 
 
Festival de Douz 2012
Parallèllement ont lieu dans la ville des expositions, des joutes oratoires, des conférences, un festival du film documentaire sur le Sahara et surtout une multitude d'animations diverses où l'on retrouve les "artistes" du Festival...

Mais ce qui en fait la beauté c'est surtout le cadre de ce Festival, magnifique et je dirai même même sublime ! Imaginez vous que la scène c'est tout simplement une immense esplanade , délimitée par quelques tentes bédouines, avec au centre un puits . Quant au "décor" de  fond de "scène"  ce sont les premières dunes du désert qui donnent sur l'immensité du Sahara. Difficile à décrire et pourtant une sacrée émotion !
 
Enfin, c'est l'atmosphère de la ville elle-même : la petite bourgade tranquille bruit de milles musiques, on y rencontre cavaliers sur leurs fières montures, dromadaires qui chaloupent et font les yeux doux, "hommes bleus" du désert, méharistes tout de blanc vêtus, robes et chèches multicolores... un festival de bruits et de couleurs...

mardi 18 décembre 2012

Noël à Djerba

Alors, comment passe-t-on Noël à Djerba ?
Eh bien ici Noël ne se fête pas ! pas d'affolement dans les magasins, pas de quête de cadeaux, pas d'illuminations ! Je sens que ça réjouirait certaines !!!
Noël est tout simplement un jour comme les autres !

L'an dernier, avec mes petites filles nous avions décoré l'auricaria du jardin avec boules, guirlandes, coquillages et os de seiches peints .... du plus bel effet !
Cette année déco minimum , juste pour ne pas oublier que c'est Noël et rester en phase avec la famille restée en France ...

A Djerba , quelques boutiques proposent guirlandes et articles de Noël pour les nombreux résidents européens...
 


Et puis une initiative, pour la première fois un marché de Noël... Dans les jardins de la Résidence Toumana, en zone touristique, un petit marché où l'on peut trouver quelques stands d'artisanat et des produits locaux...



Mais l'important , ce que l'on ne peut pas trouver ici, c'est l'ambiance , l'atmosphère ...

Pour moi qui ai bien connu les marchés alsaciens , Noël c'est aussi et surtout  la froidure, sortir dans la nuit pour courir les villages illuminés, tous plus beaux les uns que les autres, c'est se balader dans les marchés,  humer un verre de vin chaud pour se réchauffer, sentir l'odeur de la cannelle , sans oublier les petits gâteaux , les délicieux " bredele", toutes ces sensations qui , avant même la fête de Noël, vous grisent et vous mettent en condition pour faire du 24 décembre un jour particulier où ce qui compte surtout c'est la joie qui brille dans les yeux des enfants et la famille réunie...
 
Mais cette année, ce sera juste un jour comme les autres... ou peut être pas ? (à suivre ...)

vendredi 14 décembre 2012

La récolte des olives bat son plein (3)

3ème et dernier épisode de cette saga .....
 
L'huile, cet or vert, est ramené à la maison et immédiatement stocké dans une cave prévue à cet effet. Seule, la "mater familias" en détient jalousement  la clé. Te souviens tu Eric de la visite de la cave, toi qui fus un visiteur privilégié !!!
Il faut dire que ça représente un trésor, son  revenu annuel.

Avant tout partage entre les membres de la famille (mère, fils, filles), il y a d'abord, tradition oblige, le prélèvement d'une sorte d'aumône, la  "zakat".
Pour se prémunir du mauvais oeil et envisager sereinement la production de l'année suivante , une petite  partie de cette huile est offerte gratuitement aux voisins ainsi qu'aux nécessiteux du quartier . Avant on donnait un litre, aujourd'hui les bouteilles d'eau minérales ou de soda qui servent de contenant font 1 litre1/2 alors  on donne 1litre et demi !

 
 
Vient ensuite le partage de l'huile dans la famille selon des règles immuables et codifiées qui parfois donnent lieu à des querelles sans fin...
Dans la famille, une partie de l'huile servira de revenus à la mère, restée veuve,  puis une autre est distribuée  pour la consommation annuelle de chacun. D'abord les fils, puis les filles...
 
Une fois les olives ramassées , il convient de nettoyer les champs , ne pas laisser les feuillages à terre, les familles font appel à des spécialistes qui viennent tailler les arbres.  Par ailleurs, des charrettes passent dans les oliveraies pour  récupérer les branches... Tout est revendu : les feuilles comme aliment pour les chèvres , quant au bois il sera transformé en  charbon de bois pour alimenter les canouns, les chichas etc...
 
Selon un vieil adage, rien ne se perd , tout se transforme....  
et permet ainsi toute une économie vivrière pour bon nombre de famillles....
 
La saga des olives se termine ici ... mais la cueillette, elle, continue ....
 

mardi 11 décembre 2012

La récolte des olives bat son plein (2)

Après l'épisode n° 1 : la cueillette, voici la fabrication de l'huile.

Il y a quelques années encore existaient  à Djerba bon nombre d'huileries traditionnelles, les "maasara".
Généralement souterraines, pour permettre une température constante et un déversement des olives par l'extérieur et par le haut , on les repérait grâce à leur architecture particulière notamment leur coupole. Les musées de Djerba ont tous reconstitué ces huileries ce qui permet d'en voir et d'en comprendre  le fonctionnement.

 
 
Aujourd'hui, elles sont remplacées par des huileries mécanisées que l'on repère, non plus par l'architecture mais par l'odeur caractéristique qui s'en dégage ...
 
Si le principe est le même, il s'est quelque peu "modernisé".
 
Les champs de la famille étant dispersés, nous avons donc pris rendez-vous pour  apporter un premier lot d'olives et le déverser dans les cases prévues à cet effet.



Ensuite l'huilier entre en jeu, les olives sont lavées, séchées sous pression d'air pour retirer les dernières feuilles, puis elles sont broyées par des broyeurs métalliques donnant naissance à une pâte "les grignons" qui est encore malaxée  et centrifugée et fait l'objet d'une décantation pour que toute l'eau en soit extraite et ne reste plus que le nectar. L'huile est immédiatement stockée dans des citernes pour être pesée. Puis on remplit les fûts apportés par le client.

 
Ici pas d'argent échangé. On paie en nature. C'est le pesage qui permet d'évaluer le prix puisque l'huilier se rémunère directement : sur 100 litres extraits , il en conserve 10 pour lui qu'il pourra revendre .  
 
Il revendra aussi les grignons dont les bestiaux moutons, chèvres et chameaux sont friands, les gens de Tataouine venant s'approvisionner jusqu'à Zarzis.


  
Une fois transportée à la maison, l'huile sera l'objet d'un partage et d'une comptabilisation très précise dont je vous ferai part lors d'un 3ème épisode...

Pendant ce temps là, la cueillette continue et ce malgré la persistance du vent qui ne facilite guère les choses et qui a le pouvoir insidieux de faire en sorte que le sable s'insinue partout. Alors, gare aux yeux !!! Mais les cueilleurs tiennent bon car le travail est loin d'être achevé...

En plus ils sont préoccupés par la grève générale prévue ce jeudi 13 et qui a valeur de symbole et de test entre le syndicat UGTT et le pouvoir , notamment Ennhadha. Il faut rappeler qu'il y a une semaine , à l'occasion de la célébration du 60ème anniversaire de la mort de son fondateur  Farhat Hached (assassiné sous le protectorat français), le siège de  l'UGTT a été attaqué et des militants ont été sauvagement agressés par des milices pro Ennhadha...

 

mercredi 5 décembre 2012

La récolte des olives bat son plein (1)

L'année dernière , à la même époque, je parlais  de la récolte des olives.
 
Mais cette année, pour la première fois,  j'ai le plaisir de participer à cette cueillette !
Certes c'est fatiguant, éreintant (et encore je n'y vais pas tous les jours), mais l'ambiance est sympathique et conviviale. Pour les anciens, rappelez vous nos moissons et nos vendanges !
 
C'est sur les terres de Zarzis que se situent bon nombre d'oliveraies que l'on peut découvrir depuis la route,  s'étirant à perte de vue . Pour moi, elles sont toutes semblables , mais le spécialiste vous fera remarquer qu'il existe de nombreuses variétés d'olives. A Zarzis, c'est la chemlali , petite olive mais riche en huile , mais il y a aussi la zalmati et la zarrazi...
 
Ici , c'est d'abord une histoire de famille. Tout le monde participe , soit à plein temps, soit après la journée de travail. Et puis il faut dire qu'il est de plus en plus difficile de trouver des journaliers qui acceptent de faire ce travail même si les campagnes durent un mois ! Difficile à comprendre dans ce pays où les gens manquent de travail !
 
Certaines familles  s'installent et dressent une guitoune, une tente, dans le champ à traiter.
 
 
 
Il faut d'abord étendre au pied de l'olivier de  grandes bâches sur lesquelles tomberont les olives . Puis chacun son travail, tout se fait manuellement, généralement les hommes (mais j'ai aussi vu des femmes) grimpent dans les arbres ou sur les échelles pour traiter les branches du haut , pendant que d'autres s'occupent de celles du bas au moyen d'un espèce de peigne.
 

 
 
Pendant ce temps, d'autres femmes séparent les olives des feuilles tombées sur la bâche, sans oublier celle qui est préposée à la cuisine ... car il faut bien nourrir tout ces travailleurs. Et là aussi, pour le repas, par habitude,  c'est hommes d'un côté, femmes de l'autre,  on s'installe sur une natte pour avaler le plat du jour, pâtes, macaronis et hier c'était même couscous au blé et à l'orge avec un verre de l'ben (lait fermenté), un délice pour moi...  
Tout ce petit monde parle, discute, il y a les histoires qu'on raconte, des rires, des apostrophes, voire des chants, mais aussi des moments creux, des moments de silence dans cette grande oliveraie chauffée par le soleil mais aussi balayée par le vent frais.... et puis un petit "rouge-gorge" qui s'approche tout près pépie et nargue les cueilleurs ...
Pour la cueillette il faut bien s'armer, c'est à dire se couvrir, de la tête aux pieds sans oublier les gants pour se protéger à la fois du soleil, du froid mais aussi de la poussière et du sable qui tombent des oliviers lorsqu'on les peigne...
Chaque cueilleur peut récolter 60 à 80 kg d'olives par jour. D'abord mises dans des couffins, les olives sont ensuite vidées dans des grands sacs qui seront portés à l'huilerie, mais ça c'est la suite de l'histoire ...
 
Pour tout savoir sur l'huile d'olive, cliquer ici.