"Notre printemps est un printemps

Qui a raison "

Paul Eluard



mercredi 18 décembre 2013

Malte si loin, si près ...


Surprise lors de notre dernier voyage à Malte ...            
Si loin car dans cette île méditerranéenne l'atmosphère et l’ambiance sont plutôt britanniques… et si près car des liens profonds existent entre la Tunisie et Malte .
Malte. Une petite île à moins de 300 km des côtes tunisiennes. Beaucoup plus petite que  Djerba (316 km2 contre 514) mais 3 fois plus peuplée.

Peuplée dès le néolithique par des agriculteurs pêcheurs venus de Sicile,  elle devient tout comme Djerba colonie phénicienne puis grecque avant de passer sous le contrôle de Carthage puis des romains. Elle connait elle aussi les Vandales, puis l’empire byzantin avant d’être colonisée par les Arabes. C’est cette période qui lui donnera une grande partie de sa culture et notamment sa langue, le maltais. Tout comme Djerba elle connaîtra les Normands, maîtres de la Sicile, elle aura affaire aux corsaires, à Barberousse et Dragut, aux turcs, aux espagnols, aux gênois … Mais au 15ème siècle Charles Quint offre Malte aux Chevaliers de l’ordre de Saint Jean de Jérusalem et c’est ce qui va radicalement façonner et transformer l’île. Cet ordre hospitalier et militaire va se consacrer à la fortification de Malte. Par la suite, elle deviendra une colonie britannique et c’est seulement en 1964 qu’elle obtiendra son indépendance.
Outre cette histoire difficile et conflictuelle à l’image de celle de Djerba, c’est la vague d’émigration du 19ème siècle qui va voir les maltais s’installer à Djerba comme pêcheurs fuyant la misère de leur île. Ainsi retrouve-t-on à Malte l’architecture du quartier maltais de Houmt Souk dont j'ai déjà parlé plusieurs fois dans ce blog..
 
Sliema
 

 
Mais ce qui fut le plus impressionnant pour nous ce fut la découverte de la langue maltaise. Mâtinée d’italien et de sicilien c’est avant tout une langue sémitique qui s’écrit en caractères latins. Du darija quoi !
Je pense que pour la majorité des touristes qui visitent l’île, ceci est invisible. Le maltais est incompréhensible et de toute façon tout le monde s’adresse à vous en anglais et tout est bilingue. Mais pour nous qui venions de Tunisie quelle surprise en découvrant le nom des villes Mdina, Rabat , Qwara ou Marsaxlokk ou celui des rues  Triq ir Repubblica et en entendant parler de flus et compter wiehed, tnjejn, tljeta … sans compter les interrogations fejn ou Xjismek … Vraiment bizarre et intriguant tous ces mots tounsi !
Au retour, vite je suis allée me documenter et je suis tombée sur cet article fort intéressant sur les rapports entre le maltais et le tunisien, article dû à Kamel Chaouachi.
Et si jamais l'envie vous prenait de visiter Malte et de vous imprégner du quotidien n’hésitez pas à visiter le blog de Nico sur Expat blog ... Très utile.
 

vendredi 8 novembre 2013

Ras el Am : les poupées effraient les extrémistes !


Ce mardi 5 novembre les musulmans fêtaient le Nouvel An de l’Hégire.
Pour rappel, l’Hégire est en arabe synonyme d’exil, de rupture et de séparation. Mahomet et ses compagnons quittent La Mecque pour Médine. Mahomet attend rompre avec le paganisme et un modèle de société basé sur le système clanique pour promouvoir un modèle de communauté de croyance où tout le monde est censé être à égalité, être « frère », en prenant soin de ne pas laisser à l’abandon le faible ou le démuni. Le calendrier musulman démarre donc à cette date en 622.
Ce préambule pour dire qu’à chaque fête religieuse, les tunisiens associent avec plaisir une tradition culinaire. Cela diffère bien sûr selon les régions. Pour le Nouvel An, c’est le couscous au « kadid » qui apparait sur les tables. Couscous fait avec de la viande séchée, mais pas n’importe laquelle, celle que l’on a pris soin de conserver du sacrifice du mouton de l’Aïd el Kebir et dont la symbolique est de faire la transition entre l’an passé et l’année nouvelle.
Le kadid,  j’en confectionne à tout moment de l’année. Cette viande séchée permet de parfumer les plats surtout ceux de légumes secs. Très simple à préparer, il suffit de la couper en lanière, de la faire macérer pendant une nuit dans des épices (ail, tabel, harissa, huile) puis de la faire sécher plusieurs jours au soleil en la suspendant sur une corde à linge (attention à la pluie !). Elle peut ainsi se conserver pendant des mois.
A  Djerba, pour la fête de l’Hégire, on consomme aussi la « mhamess au kadid » une soupe épaisse avec notamment des pois chiches, des fèves et  de la viande séchée. Un plat liquide pour que la nouvelle année coule sans problèmes...
Mais je viens de découvrir une tradition qui vient de Nabeul et que je ne connaissais pas bien qu’elle fasse l’objet d’un festival. Il s’agit des poupées de sucre.
 
Photo toutelatunisie.com

Tradition païenne ou sicilienne, qu’importe. En tout cas elle semble bien ancrée dans la vie de cette ville : les parents offrent aux enfants des « methred », des plats sur pied rempli de fruits secs et de confiserie sur lesquels trône une statuette de sucre moulé, coloré et pailleté. Poupées (pour les filles ) mais  aussi cavaliers,  coqs,  poissons etc… les confiseurs redoublent d'imagination pour ce festival de couleurs et de gourmandise! 
Pour tout savoir sur cette tradition , lire l’article suivant  illustré par des photos de  Anis Lassoued , un cinéaste qui a  réalisé un documentaire sur ce sujet. Ces poupées sont revenues d’actualité puisque cette année elles ont été la cible des imams rigoristes qui ont obligé à l’annulation du festival des poupées de sucre…
Mais heureusement les traditions sont faites pour perdurer et espérons que les enfants de Nabeul pourront encore pendant longtemps se délecter de sucreries et perdre leurs regards dans ces gourmandises colorées ...   
Photo Lycée Carnot Tunis
 

jeudi 24 octobre 2013

Résistance - Soumoud

Au lendemain de ce 23 octobre endeuillé et alors que la Tunisie est sur le fil du rasoir, tout est dit de façon sobre et forte dans ce superbe court métrage , dû à Amine Chihoub.







 

jeudi 17 octobre 2013

Gazelles et gazous


Guère envie de parler de l’état actuel de ce beau pays où 2 ans après les élections la violence s’installe et s’institutionnalise, où le pays décline, où beaucoup, lassés par les indigences des politiques, arrivent à regretter Ben Ali … et où la liberté d’expression seul véritable gain de la Révolution est en train de fondre au soleil ! Peut être un sursaut le 23 octobre ?
Alors, parlons d’autre chose !

S’il est un des symboles de la Tunisie c’est bien la gazelle !

Vous savez , celle qui se dresse fièrement sur les ailes de la flotte nationale Tunisair...

Gazelle. Ce mot d’origine arabe que l’on trouve dès le 12ème siècle ( gazal plutôt prononcé razal) renvoie à une image de beauté, d’élégance et de rapidité . Au point que les jeunes femmes sont souvent affublées de ce nom. Eh la gazelle ! qui n’a jamais été hélé de cette façon en  se promenant dans les rues ? ce terme plutôt affectueux et gentil et dont les tunisiens se servent quotidiennement a même trouvé un genre masculin pour les touristes mâles : ce sont des gazous !!!!
 
La gazelle est une espèce protégée .

« notre pays abrite quatre espèces qui sont les gazelles dorcas, les gazelles mohr, les gazelles des montagnes qu'on trouve au Chaambi et les gazelles Rim du Sahara. »
 
Et malgré toutes les attentions dont elle est l’objet, elle est en voie de disparition.

Dotée d’une vitesse de pointe qui lui permet d’atteindre 80 voire 100km/h  , elle est aussi capable de bonds impressionnants pour semer ses prédateurs que sont les hyènes et les chacals... Adaptée au climat du Sahara, elle se nourrit d’herbe sèche, de graminées, de feuilles  et boit très peu d’eau. Son pelage ras lui permettrait de réfléchir les rayons du soleil.

Espèce protégée mais malgré tout chassée par les hommes ! Régulièrement les associations et fédérations de chasseurs et d’amis de la nature dénoncent les pratiques des princes venus du Qatar, d’Arabie Saoudite et autres émirats pour s’adonner en Tunisie  à la chasse aux gazelles et aux outardes. Il faut dire  que certains tunisiens n' hésitent pas à les massacrer aussi.

Photo Tarek Nefzi dans Webdo

Selon l'article paru ce jour dans Webdo , sous la plume d'Hatem Bourial, il ne resterait plus que 3 gazelles mohr (voir photo)  et encore ce ne serait que des mâles ce qui laisse hélas peu de chance pour la reproduction...

Suite à cet article sur Webdo une mise au point de Abdelkader Jebali  dont je vous fais part: "1-les Mohor n'ont jamais atteint 80 specimens, elles ont à peine frôlé la trentaine. 2- On ne peut pas ramener des Mohor à partir de la Mauritanie pour la simple raison que ce taxon a disparu de ce pays depuis les années soixante à cause de la chasse. 3- L'union européenne n'a pas aidé la Tunisie à réintroduire cette gazelle au PN de Bou Hedma. C'est juste une coopération entre la Tunisie et l'EEZA (Estacion Experimental de Zonas Arides), Espagne. 4- on ne peut pas parler de réussite et il n'y avait aucun projet de réintroduction de la Mohor dans d'autres aires protégées en Tunisie, au moins jusqu'à la Révolution. 5- et pour terminer il faut le dire haut et fort, après l'épisode coloniale, la première cause d'extermination de la faune en Tunisie notamment les gazelles c'est le braconnage et la chasse anarchique suite à la diffusion illégale d'armes. Les premiers responsables sont des Tunisiens qui chassent toute l'année, nuit et jour et par tout ! Autre chose: SVP arrêter d'utiliser les mots introduction et ré-introduction à tort et à travers car ce sont deux mots clés et de poids dans la Biologie de Réintroduction qui est entrain de naître à partir de la Biologie de Conservation suite à la crise de la Biodiversité que vit notre planète et la multiplication des opérations de sauvetage des espèces menacées."

samedi 14 septembre 2013

La Djerba ibadite


Je vous livre ici un bel article d'histoire pour mieux comprendre ce qui faisait jusqu'alors le charme de Djerba : les nombreuses mosquées (plus de 300) au cœur de l'organisation sociale de l'île, leur rôle, leur apport architectural,  leur diversité donnaient au paysage un irrésistible charme engageant à la sérénité et à la réflexion, voire à la méditation... C'est aussi à l'origine cette religion ibadite qui a en partie forgé le caractère des djerbiens : indépendance, austérité, discrétion, tolérance ...

Cet article, dû à Karim Maamer, est à lire absolument et intégralement sur le blog de Richard Barnat  : "L'ibadisme à la base de l'identité des Jerbiens"


"Les mosquées de Jerba sont petites tailles, de dimension quasi-familiale ou de quartier, dispersées à travers le territoire, aux carrefours des sentiers. Elles relient les lieux d’habitation. Elles sont un lieu de passage obligé, de rencontre et d’observation. Elle sert à la fois de lieu pour l’éducation et la formation,  de point d’eau et de soin, d’état civil et d’information, de rencontre et de surveillance, d’accueil et de logis, de perception de la "zakat" (impôt religieux) et de sa redistribution. Dans la mosquée, la présence humaine y est quasi-permanente... 

Certaines mosquées faisaient office de grandes écoles, tel Jamâ Fadhloun réputé pour son enseignement des mathématiques, de la géométrie euclidienne et des savoirs comme celui du bâtiment et de la construction, qu’on disait transmis de l'Egypte ancienne. En plus du rôle social et éducatif, la mosquée assure aussi la surveillance et à la défense du territoire. Tout autour de son littoral, les lieux saints en bord de mer jouaient un rôle de surveillance des côtes.  Certaines mosquées sont renforcées, conçues pour tenir un siège. D’autres sont souterraines pour assurer la pérennité de la vie spirituelle, en cas d'attaque extérieure.

Sidi Satouri
 
Le culte est au cœur de l’organisation sociale. Il n’y a pas dans l’île de Jerba une tradition de l’autorité centrale et d’une puissance publique. 
Ce rôle est tenu par les mosquées qui assurent de manière décentralisée plusieurs fonctions : 
de sentinelle, de contrôle social, d’éducation, d’état civil, d’information, des soins, d’archivage, de mémoire …  
Dans cette organisation du pouvoir, il y a incontestablement l’influence ibadite qui a élaboré une doctrine originale de gouvernance...

Mosquée Fadlhoun
 
Abdullah ibn at-Tamimi développe à Oman, une pensée religieuse se référant au seul Coran. La notion de « commandeur des croyants » est contestée parce que chaque croyant a sa spiritualité en Dieu. Le pouvoir est communautaire et partagé. Il ne s’hérite pas. Les Ibadites ont apporté une vision nouvelle dans la pratique religieuse et l’exercice du pouvoir. 
Si le gouverneur est tyrannique, son renversement devient légitime. L’imam est un croyant parmi les autres. Il guide et dirige la prière mais il n’est pas attitré d'une fonction officielle.
Les ibadites ont apporté une vision nouvelle de cohésion communautaire et une nouvelle approche dans l’exercice du pouvoir, les pratiques religieuses et sociales, dans la construction et dans l’architecture ... privilégiant la fonctionnalité et rejetant l'ostentation en tout. 
Les Ibadites ont apporté des particularités à la culture musulmane mais ils se sont fondus dans les identités nationales et dans la pratique religieuse de l’Islam dominante.

Le patrimoine Ibadite de Jerba est peu connu, alors qu’il est le plus ancien, puisque dès 665, l’île est sous influence kharéjite."

Que reste-t-il aujourd’hui des ibadites ?

"Ce patrimoine s’est fortement dégradé. Faute de soutien public, les nouveaux habitants de Jerba ne puisent pas leur inspiration dans leur héritage ibadite. Ils reproduisent les modèles de l’architecture maghrébine,  de mosquées à haut minaret ...

Les connaissances de la doctrine, des valeurs sociales, de l’art architectural ou de la tenue vestimentaire ne se transmettent  plus.

L’Islam de Jerba évolue en puisant dans des influences venues d'ailleurs (d'Arabie pour l'essentiel), en délaissant ses racines et sa doctrine de tolérance, de démocratie, de modestie, de discrétion, d’égalité … en un mot il se wahhabise !"

vendredi 13 septembre 2013

Quel été à Djerba ?

Mon été ne fut pas djerbien, hélas ! Mais les ami(e)s et relations restés sur place m'ont fait un résumé de la situation que l'on pourrait résumer ainsi : de nombreux touristes mais qui sont dissuadés par les hôteliers de sortir de leur périmètre, des nationalités moins visibles tels que français, allemands, montée en charge des tchèques et de nouveau beaucoup, beaucoup de libyens ... avec les corollaires suivants : montée des prix des nuitées d'hôtels et des locations pour les tunisiens !

Pour en savoir plus, lire l'article de Amel Djaït "La vérité sur la saison touristique"

4,2 millions de touristes sont entrés sur le territoire tunisien pour ces huit premiers mois de 2013, selon les dernières statistiques révélées par le ministre du Tourisme, Jamel Gamra. Les recettes ont atteint 2 milliards de dinars.
L’autre façon de voir les choses est de préciser qu’au 20 août 2013 et par rapport à la même date de 2010, la Tunisie a enregistré un recul des nuitées de 20,9%, une diminution des entrées des Européens de 24,2% et des Maghrébins de 2,9% (Algériens : -28,1%). Les recettes touristiques ont diminué de 11,6% en dinars tunisiens et 21,2% en euros.



Quant à Djerba rien de mieux que l'analyse de Naceur Bouabid qui fait état d'un bilan mitigé  entre affluence touristique et incapacité pour l'île d'accueillir ses touristes dans de bonnes conditions  : problème de l'attente des bacs à Djorf , problèmes récurrents d'approvisionnement en eau, problèmes non résolus des ordures ménagères et plus généralement de pollution de l'environnement.

Face à cette affluence  salutaire, somme toute prévue et prévisible, de ces dizaines de milliers de visiteurs, que leur a réservé Djerba pour être à la hauteur de leurs attentes, pour ne pas les décevoir, pour être digne de sa renommée et de sa notoriété ? Toutes les conditions de satisfaction étaient censées être réunies pour assurer aux hôtes de l’île  la douceur recherchée, la beauté coutumière, la sécurité et la propreté, n’en a-t-elle pas la réputation ?, Mais l’humain, de l’ouvrier municipal, au gouverneur, aux ministres, dans l’accomplissement de leurs prérogatives et dans la prestation des services, a décidé autrement, prédestinant d’emblée la gestion de la saison estivale à un échec annoncé.

mardi 6 août 2013

Nuit du 6 août



J'ai la Tunisie au cœur en cette journée du 6 août, toutes mes pensées avec les sit-inneurs du Bardo ...

Photo PDM
 

L'Ile de Djerba au patrimoine de l'UNESCO

Enfin une bonne nouvelle pour toutes les associations qui oeuvrent pour que l'île soit inscrite au patrimoine culturel et naturel de l'Unesco.
Il semble que ce soit chose faite selon le Huffington Post de ce jour.

"Le Comité du patrimoine mondial relevant de l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture) a donné son accord de principe pour inscrire l'île de Djerba sur la liste du patrimoine culturel et naturel.
Située au sud-est du littoral tunisien dans le golfe de Gabès et célèbre pour ses plages de sable fin, Djerba regorge de vestiges d’un passé riche en histoire: chantée par Homère sous le nom de "île des Lotophages", étape incontournable de la grande aventure phénicienne vers l'Ouest, grand comptoir de productions "industrielles" et d'échanges commerciaux et culturels pendant l'Antiquité classique, terre de la "Ghriba", la plus vieille synagogue de tout l'Occident méditerranéen, "place forte" disputée par les grandes puissances de l'époque durant le Moyen Âge, conservatoire de paysages "homériques" et de traditions millénaires.
C’est donc ce riche patrimoine historique et immatériel d'une grande variété qui a permis au Comité de l'UNESCO d’inclure l’île sur la liste du patrimoine culturel et naturel mondial. Pour figurer sur la liste, les sites doivent avoir une valeur universelle exceptionnelle et satisfaire au moins un des dix critères de sélection.
L’Association de sauvegarde de Djerba mène depuis 1994 une campagne pour inscrire l'île de Djerba au patrimoine mondial en lançant plusieurs appels pour sensibiliser la communauté tunisienne et internationale. "

mercredi 10 juillet 2013

Djerba : protégeons la lagune !

Le site de Lalla Hadria que l'on appelle aussi la Seguia ou la Sebkha de Tanit ou tout simplement pour les djerbiens la lagune est menacé par un grand projet d'investissement touristique avec hôtels de luxe, résidences , marina, port de plaisance et même un golf !!!!...
 
Or ce site naturel de toute beauté a aussi un rôle écologique de premier plan puisqu'il régule les flux lors des marées, protège de l'érosion et abrite toute une faune et une flore remarquable en voie d'extinction.
 
Pour toute précision, voir le site de madjerba
 
et surtout signez la pétition en ligne "qui rentre dans le cadre d'une action citoyenne menée conjointement entre le CPR et les associations de l'ïle..."
 
 
 
 
 

jeudi 27 juin 2013

Mais où sont les touristes ?

 
Quelques allers retours ces derniers temps pour m'apercevoir que l'aéroport de Djerba a retrouvé ses airs d'autrefois ....
Il y a longtemps que je n'avais pas fait la queue pour accéder aux salles d'embarquement, sans parler des guichets de police pratiquement tous ouverts et où s'agglutinent des files mêlant touristes et autochtones ...
Sur les écrans de contrôle , des vols pour Paris, Lyon, Nantes, Marseille, Nice, sans compter Genève, Luxembourg, la Belgique ou la Tchéquie...
L'aéroport semble avoir repris sa vie, ses couleurs, son animation ...
 
Mais alors où sont tous ces touristes ? car lorsqu'on se promène à Houmt Souk , on n'en rencontre guère !
Ils sont certainement "confinés" dans leurs hôtels, sur les "conseils" de certains hôteliers , guides ou animateurs, captant ainsi leur pouvoir d'achat ... sous prétexte de sécurité ...
Et rien pour les autres commerces de proximité !  
 
Cependant, c'est déjà un premier pas et une joie de revoir tous ces touristes qui transitent par Djerba !
J'espère seulement que les nouvelles préconisations du Ministère Français des Affaires Etrangères ne feront pas fuir les vacanciers français...
 
"L’état actuel de la situation n’interdit pas le maintien de projets de voyage en Tunisie. Toutefois, dans le contexte régional actuel, les ressortissants français sont appelés à une vigilance particulière. Les consignes de prudence sont rappelées et plus particulièrement celles visant à éviter tout rassemblement et à se tenir éloigné des axes ou des bâtiments sensibles. Tout déplacement dans le Grand Sud saharien et dans la zone frontalière tuniso-algérienne du centre ouest, est à proscrire."


Car la vie continue, ici. Plus dure, certes pour le tunisien, car les problèmes politiques, économiques et sociaux sont bien réels. La situation sécuritaire n'est pas pire qu'en France ... c'est vrai "qu'avant" on ne connaissait guère les vols ou les cambriolages ...
 
Mais généralement, à Djerba, tradition oblige, le touriste est toujours bien accueilli , et les loisirs ne manquent pas (en dehors de la sacro sainte baignade et bronzette). On peut même rajouter ces derniers mois un regain de manifestations culturelles : musique, cinéma, expositions ... bien souvent grâce aux multiples associations "citoyennes" qui oeuvrent  pour un meilleur "vivre ensemble".
 
Alors, oui, sachez le ! Djerba vous attend !



Et puis sur le tarmac, attendent , prêtes à être installés , pour suppléer aux bus qui sillonnent les aires de stationnement des avions, de nouvelles passerelles télescopiques qui amèneront les passagers directement de la salle d'embarquement  aux cabines des appareils... 

 

lundi 3 juin 2013

Djerba, terre de paix et de tolérance



Belle initiative que cette journée placée sous le signe de la paix et de la tolérance !
 
Journée que l’on doit à l’association Ulysse Djerba qui se proposait de faire de l’île  la capitale de la paix et du partage.  Une chaine humaine de plus de 3 km a réuni les amoureux de l’île avec comme objectif la défense du tourisme en Tunisie et à Djerba en particulier.
 

 
 
Nos pas nous y ont conduit en fin de journée ce dimanche et il y avait foule …


Un vrai moment de plaisir de voir Houmt Souk si vivante … d’abord des embouteillages à n’en plus finir comme on en avait pas vu depuis longtemps…  de nombreuses familles qui déambulaient gaiement dans les rues qui descendaient vers la Marina… sans oublier des policiers un peu partout ...

Là, sur la grande esplanade des tréteaux étaient dressés et  la musique battait son plein , les enfants couraient dans tous les sens, les adultes sirotaient un soda ou se délectaient d’une pizza, d’autres se baladaient en front de mer…

Je ne sais pas ce qu’ont donné les activités prévues en journée , mais ce fut certainement un succès à voir la foule qui avait envahi le quartier …

En bref, une journée comme on aimerait en voir plus souvent , une journée de bonne humeur et de bonheur digne de redonner la pêche aux djerbiens en cette difficile période de crise... Espérons que le crédit apporté à cette journée aura un écho en direction des touristes pour leur donner l'envie de revenir goûter aux plaisirs de l'île des Lotophages...

 

Ce matin, de nombreuses photos sur le site de Madjerba.

lundi 13 mai 2013

Inquiétude...


En général, je suis plutôt confiante et d’un naturel optimiste…

Mais il y a des moments où….

Et là, en ce moment, avant de bientôt rejoindre la Tunisie que j'aime, c’est l’inquiétude qui prévaut. Oui, l’inquiétude pour ce pays qui avait tout pour s’en sortir et qui semble sombrer aujourd’hui sous les coups de boutoirs d’une minorité agissante, intolérante, violente, grâce à un gouvernement passif et permissif…
qui n’a absolument apporté aucune réponse aux questions et angoisses des tunisiens sur les questions sociales et économiques, 
et qui brime encore les libertés dans le projet de constitution ...
 
Alors,  

Maintenant que Ennhadha a non seulement le pouvoir mais a mis sous tutelle toutes les administrations,
Maintenant que L’ISIE, l’instance chargée des élections, est également noyautée par les naddhaouis,
Maintenant que les prédicateurs n’hésitent plus à dresser leurs tentes un peu partout,
Maintenant que les prisonniers islamistes ont été libérés,
Maintenant que les armes et les explosifs sont largement entrés sur le territoire,
Maintenant que les djihadistes ne se cachent plus,
Maintenant que  se multiplient les groupes extrémistes,
Maintenant que le mouvement Ansar El Charia n’attend que le 19 mai pour compter et rameuter ses troupes à Kairouan, et défier l'Etat

Il est certainement trop tard !

jeudi 18 avril 2013

De Djerba à Douz

Bien sûr,  pour rallier Djerba à Douz, il n'existe pas trop de possibilités différentes,  passage quasi obligatoire à Mareth d'un côté et à Matmata de l'autre ...
 
Mais entre les deux, il convient de traverser le Djebel Zmertène qui culmine à 715 m et  offre une belle escapade puisqu'une nouvelle route à été tracée...
 
Pour en savoir plus, suivez le guide !
 
En l'occurrence, elle s'appelle Christine et vous propose sur son blog escapade_tunisie un itinéraire détaillé pour découvrir de nouveaux paysages entre la mer et le désert, entre Djerba et Douz ...
 
 
 
 
Djebel à proximité de Matmata
 

La plage de Sidi Mehrez (2)

Remords hier après avoir écrit quelques lignes sur la plage de Sidi Mahrez...
 
Eh oui, elle mérite  tellement plus que cela ! Elle sépare ou unit deux mondes comme je l'ai déjà dit : le monde animé de la zone hôtelière et le monde quasi désert de cette fabuleuse presqu'île de Ras Rmel, la bien nommée !
 
Donc reprenons la balade.
 
Si l'on suit cette plage sur la gauche , après le petit snack de La Rose, bien apprécié pour se désaltérer et manger une salade tunisenne, il faut certes d'abord fouler le sable blanc de cette grande et longue plage, mais ensuite il est préférable de se hisser sur les petites dunes de sable.

 
  
La vue est ainsi magnifiée pour admirer , de haut, deux types de paysages, d'une part la mer et ses vagues qui font penser à l'Atlantique , les pêcheurs à la ligne qui rejoignent au gré des pistes ces coins désertiques en mobylette, les cavaliers venus en petits groupes de la zone touristique et d'autre part à perte de vue la lagune et sa végétation halophyte si particulière, cette sansouire qui évoque la Camargue , ces chemins d'eau déposés par les marées précédentes et où viennent s'abreuver selon la saison passereaux ou oiseaux migrateurs...

 
Et puis, à nos pieds, troisième merveille , cet écosystème fragile des petites dunes , plantes et graminées qui retiennent le sable, fleurs écloses par miracle, traces d'insectes et d'oiseaux ...

 
Alors, on pourrait se croire au bout du monde et certes on est au bout de l'île , on pourrait se croire dans un autre monde, éloigné de tout ! mais dans cet espace qui semble désert , on fait immanquablement des rencontres insolites... 
 
 

mardi 16 avril 2013

La plage de Sidi Mehrez (1)


Avant de repartir en France, le temps des congés scolaires, je reprends mon blog abandonné depuis quelques temps… Oh pas si longtemps que ça ! juste une quinzaine de jours ! Le temps de recevoir une amie à la maison…

Alors que se passe-t-il en Tunisie ?

J’ai envie de dire la même chose qu’en France : un président moqué par ses concitoyens, des politiques qui , pour beaucoup, ne pensent qu’à leur égo et leur profit personnel, des supporters de foot pas contents, des mélanges de genre détonnant entre politique et sport, politique et presse , l’omniprésence du Qatar, des extrémistes qui n’oublient pas de se faire entendre…

Et pendant ce temps là, la majorité des tunisiens se plaint du chômage, des hausses de prix constantes, et à Djerba des touristes qui tardent à venir…
Devrais je moi aussi me plaindre de l'absence de touristes ? alors que cela me permet de profiter plus encore des magnifiques paysages de Djerba ?
 
Aujourd'hui quelques photos de l'immense plage de Sidi Mehrez.
 
Sidi Mehrez c'est la plage publique de Houmt Souk, elle a la particularité de faire la jonction entre deux mondes , deux mondes franchement opposés : celui des hôtels , de leurs plages privées et de leurs multiples animations  et celui d'une nature sauvage et fragile encore un peu préservée... 
 
D'un côté la zone touristique qui commence avec l'Hôtel Radisson et qui se poursuit sur des kilomètres...et de l'autre côté (si l'on se donne le courage de marcher) on accède à pied à la presque île de Ras el Rmel en ayant d'une part une vue sur la lagune et de l'autre sur la mer. On a alors l'impression d'être hors du monde, loin de toute civilisation... 
 
Les photos ci-dessous ont été prises il y a quelques semaines lors des grandes marées et par grand vent ce qui donnait un aspect vraiment particulier à cette grande plage de sable blanc....
 
 



D'ailleurs, où était la plage ? il n'y avait plus de plage ...
elle semblait délaissée, abandonnée...
les vagues et l'écume l'avaient tout simplement envahie...
 

samedi 30 mars 2013

Un hiver sec


Eh oui la famille, eh oui les copines, je sais , vous en avez marre de cet hiver qui n’en finit pas, de toute cette pluie ! Mais rassurez-vous, les nappes phréatiques françaises sont rechargées à bloc !
Ici c’est plutôt la sécheresse.
Alors que nous prenons irrévocablement le chemin de l’été, malgré le vent qui chaque jour apporte son lot de sable dans la maison en profitant de chaque interstice, il y a de quoi nous alarmer sur les ressources en eau.
D’ailleurs, je peste tous les jours sur la pression qui faiblit et nous contraint à prendre nos douches très tôt le matin ou très tard le soir….
Cet hiver donc pas de pluies comme l’an dernier, juste quelques petites averses de nuit en janvier et février.
Sinon c’est sec, bien sec, irrésistiblement sec ! Dans la campagne djerbienne, pas d’herbe verte comme bien souvent. Et le sol du jardin est lui aussi bien sec, asséché encore par les vents qui eux ne cessent guère.
Ailleurs en Tunisie j’ai lu ceci il ya quelques jours :
« Les oasis du Jerid et du Nefzaoua sont désormais menacées d’une baisse des ressources hydriques causant ainsi un manque en eaux d’irrigation et une augmentation du taux de salinité. »

Et si la Sonede prévoit aussi une augmentation du prix de l’eau  ça ne règlera pas les problèmes de fond, gestion et alimentation de cette ressource naturelle si précieuse. Il y a une semaine environ s’est tenu à Djerba un Forum pour la gestion de l’eau en zones touristiques mais je n’ai hélas rien trouvé à lire sur ce sujet... aucune information...
 
Gageons encore que l’eau potable transportée à Djerba depuis le continent sera encore proposée en priorité à la zone touristique ! Tant pis pour les autres et pour les rares petits jardins vivriers et espaces agricoles qui existent encore sur l’île !

 
Puits artésien à Douz


 

lundi 25 mars 2013

Le Printemps de Djerba


Belle et chaude journée hier à Djerba où une association d’éducation populaire Djerbaction avait organisé une série d’animations en liaison avec les MJC du Val de Marne sous le titre « Vive l’Art Rue ».

A Midoun samedi et dimanche à Houmt Souk se pressait pas mal de monde.

Après le marché qui regorgeait de légumes appétissants : fenouil, salade, chou vert, blanc, rouge, fèves, petits pois etc… nous sommes allés faire un tour à la Marina.
Cela faisait plaisir à voir ces terrasses de café bondées de monde, ces familles qui se baladaient (nous sommes en période de vacances scolaires)... Une foule bigarrée, diverse à l’image de cette Tunisie,  des vacanciers tunisiens venus d’ailleurs,  des familles avec enfants , des djerbiennes en costume traditionnel, de jeunes couples, des kakous qui se la jouaient, quelques européens, des résidents, des « en vacances » reconnaissables à leur tenue d’été , de jeunes filles "fashion victim" bavardant gaiement avec d’autres en foulard… Une belle image en cette journée qui sentait un peu l’été…

 

Loisirs et culture reprennent ainsi leur droit après un hiver un peu morose… Rien que pour parler du grand sud, ce week-end c’était aussi l’opération de Colline en Colline en collaboration avec le Goethe Institut : des artistes d’’art contemporain intervenaient en pleine nature dans le village de Chenini. Et puis il y avait aussi à Ksar Ghilane, un week-end sous le signe du « Printemps du Sahara ».
 
Touristes, ne fuyez pas la Tunisie ! Mais venez goûter à ce pays plein de vie, de couleurs, de musique, d'histoire  et de saveurs !

 

mercredi 20 mars 2013

Devoir de mémoire

Le 20 mars devrait être pour tous les tunisiens une date historique voire festive puisque le 20 mars 1956 marque l'indépendance de leur pays  et la fin du protectorat français qui avait commencé en 1881 (en d'autres termes la fin de 75 années de colonisation et de luttes intenses pour recouvrer la liberté).
 
Or c'est une célébration à minima comme le fait remarquer le journal "Leaders".

"C'est un 20 mars bien morose que nous nous apprêtons à célébrer mercredi. Tout a été fait pour que le 57e anniversaire de l'indépendance soit une journée comme les autres. A l'instar de l'année précédente, les cérémonies officielles ont été réduites à leur plus simple expression avec une remise de décorations à d'anciens résistants dont certains à titre posthume, mais point de festivités populaires populaires à l'échelle nationale, comme s'il s'agissait d'un évènement mineur.
Qu'on le veuille ou non, le 20 mars 1956, est une date marquante de notre histoire. C’est l’aboutissement d’un long combat mené par le peuple tunisien depuis les évènements du Jellaz en 1911. Commémorer cette journée, ce n’est pas glorifier une personne ou un régime. C’est tout simplement s’acquitter d’un devoir de mémoire, c’est se libérer d’une dette envers des générations de Tunisiens qui sont morts pour la patrie."

 

dimanche 17 mars 2013

Les ballons de la liberté

Hier des milliers de personnes ont défilé à Tunis pour marquer la fin d'un deuil de 40 jours suite à l'assassinat de l'oposant Chokri Belaïd.
 
"Des milliers de Tunisiens, 10 000 selon des sources sécuritaires, 5 fois plus selon les organisateurs, ont marché sur l’Avenue Bourguiba samedi après-midi, à l’appel du Front Populaire, dans une émotion quasi intacte depuis les funérailles de Chokri Belaïd. La commémoration du dernier des 40 jours de deuil fut l’occasion d’une démonstration de force éminemment politique."
 
Aujourd'hui dans toutes les villes de Tunisie seront lâchés des ballons rouges et blancs , couleurs du drapeau tunisien, à l'initiative d'un collectif citoyen avec comme mots d'ordre :
 
"les ballons de la liberté, non à la violence"
 
Cet événement est relayé dans de nombreuses villes étrangères dont Paris, Genève, Le Caire ....
Djerba n'a pas fait exception.
 
 

lundi 4 mars 2013

Loin de Djerba

Me voici revenue en France, dans mon village , berceau de ma famille, le temps des vacances scolaires ...
 
Moi qui avait horreur du froid, de la neige, des montagnes ... je me surprends à apprécier cette blancheur qui recouvre tout, ce silence particulier que confère la neige, cette froidure qui pique et mord le visage ...
Et puis en contrepartie,  le confort ... se balader en tee shirt dans une maison bien chauffée !
 
Mais malgré tout, une partie de mon coeur est restée en Tunisie...
Chaque jour, je me rue sur la presse électronique pour y chercher des nouvelles,  sur facebook pour essayer de suivre la situation. Hélas, celle ci est bien confuse et ne présage rien de bon pour l'avenir...
 
Et pourtant, j'ai hâte de retourner là bas, même si les vols sont plus rares et plus chers, même si je me gèlerai encore un peu dans ma maison en attendant des journées plus chaudes ...
Et pourtant, j'ai hâte de retrouver mon île, mon cocon, de m'extasier de nouveau devant ces paysages, de retrouver la lagune, les oliviers, la mer ...
Et pourtant, j'ai hâte de respirer l'air de là-bas, de me réveiller de bonne heure pour voir le soleil se lever, de faire un tour dans le jardin au petit matin, de tendre l'oreille pour écouter les bruits habituels...  
 
Même si hélas Djerba n'est plus ce qu'elle était ! même si les touristes l'ont désertée, même si les administrations l'abandonnent aux poubelles et aux déchets !
 
 

jeudi 21 février 2013

Un peu d'humour ...

La situation politique étant ce qu'elle est , un peu (et même beaucoup) d'humour ne nuit pas ... bien au contraire...

Alors, à voir de toute urgence le blog de Z DEBATunisie


 

samedi 9 février 2013

Appel international sur la Tunisie

Mieux que des explications, ci joint le texte de Pouria Amirshahi, député de la 9ème circonscription des français établis hors de France.


Contre la violence politique et pour la poursuite du processus démocratique. Le lâche assassinat du démocrate Chokri Belaïd constitue pour nous, acteurs solidaires de la « cause tunisienne », un coup terrible porté au processus démocratique. Toutefois, c’est parce que nous croyons profondément en la capacité des citoyens, des militants politiques et des acteurs de la société civile tunisienne à retrouver les chemins du dialogue national que nous publions cet appel. Appel signé par de nombreux parlementaires, chercheurs, écrivains, artistes (liste en fin d’appel).

A lire en intégralité ici

 

Un peuple uni et digne




C'est un peuple uni et digne à l’image de Chokri Belaïd qui a défilé hier toute la journée dans les villes tunisiennes.
 
J’enrage tous ces jours car ma connexion internet est défectueuse, aléatoire et saccadée… ce qui me tient éloignée de la presse, de Facebook, de Twitter, de tous ces liens qui me rattachent habituellement à la marche du monde….

D’autant plus en ces journées où la Tunisie vit des moments douloureux et difficiles…

D’abord je rends hommage à cet homme dont l’assassinat politique a provoqué un sursaut de colère et d’indignation chez les tunisiens. Homme droit, intègre, fidèle à ses idées, défenseur des libertés, des petits gens, Chokri Belaïd fut opposant sous Bourguiba, farouche détracteur de la dictature de Ben Ali et c’est dans la Tunisie soit disant « démocratique » de la Troika que ce leader du Front Populaire  meurt sauvagement assassiné, après avoir dénoncé les violences politiques, et les nombreuses menaces qui pesaient sur lui et sur d’autres… Victime probablement de ces mal nommées  « Ligues de protection de la Révolution » d’Ennhadha ou alors de sbires payés par ceux qui ne veulent à aucun prix ni de la démocratie, ni entendre d’autres voix et voies que les leurs es voix discordantes à leurs discours…

Ce matin, jour de deuil, de recueillement mais aussi de colère, j’accompagne moi aussi les milliers de tunisiens par le cœur et la pensée en regardant la télévision, cette foule immense qui suit le cercueil de cet homme et scande l’hymne national tunisien…

Et puis respect infini pour une femme, pour Besma Khalfaoui,  l’épouse de Chokri Belaïd qui se montre si digne et qui demande à grands cris que le combat de son mari  serve à quelque chose et soude l’unité du peuple tunisien pour une vraie transition démocratique.

Effectivement, puisse la mort brutale de cet homme servir à quelque chose…

Si les hommes politiques étaient doués de raison, ils en tireraient la conclusion suivante , démission du gouvernement actuel  : tous ces politiques élus provisoirement pour un an avec un mandat bien précis et qui n’ont en aucun cas rempli leur mission sont aujourd’hui illégitimes et ont contribué à jeter le pays dans le désordre… Leurs  responsabilités sont immenses dans ce chaos… Mais hélas, je crains que la raison ne soit plus de ce monde et que l’extrémisme et  l’idéologie dévoyée des uns, conjugué à l’aveuglement, à la soif de pouvoir et de privilèges des autres ne conduisent ce pays droit dans le  mur….

 

Mais l’image forte du peuple tunisien qui s’est retrouvé uni dans toutes les villes tunisiennes est aussi un formidable gage d’optimisme…

vendredi 25 janvier 2013

La mémoire assassinée

Je reprends le titre d'une chronique de Abdelwahab Meddeb  pour ce post d'aujourd'hui qui est vraiment un coup de colère !
 
Dans mon précédent message, je faisais allusion à la beauté et à la sérénité du cimetière de Douz.
Or hier, le jour de la fête du Mouled, jour de la commémoration de la naissance du prophète Mahomet, le mausolée Sidi Ahmed el Gouth qui se trouve précisément dans le cimetière de Douz a été incendié...
Ce n'est hélas qu'un mausolée de plus dans la longue liste qui maintenant fait froid dans le dos...
En France, vous avez certainement entendu parler du mausolée de Sidi Bou Saïd détruit lui aussi et pour lequel l'Ambassade de France a immédiatement fait don de 10 000 dinars pour l'aide à la reconstruction.
 
 
Où et quand cette vague de violence qui touche le patrimoine culturel s'arrêtera-t-elle ?
Quelles mesures comptent prendre les autorités concernées ?
A qui le tour après les mausolées ?
 
Déjà la fête du Mouled qui a eu lieu hier et qui traditionnellement réunit les familles tunisiennes autour de la dégustation de l'Assida zgougou, une crème élaborée à partir de graines de pin d'Alep (je l'ai faite hier pour la première fois et bien réussie !) a été déclarée impie par certains prédicateurs  !
 
N'empêche que la société civile veille...
Je viens d'entendre parler d'un mouvement né sur les réseaux sociaux et appelé "Khallik Tounsi" qu'on peut traduire par Reste Tunisien ...
 
Toujours est il que patrimoine et culture sont aujourd'hui au centre des attaques des salafistes et extrémistes de tout poil , attaques qui visent à détruire systématiquement toute idendité tunisienne.
 
C'est la mémoire qu'on assassine ! Si vous n'avez pas le courage de lire l'article de Meddeb , voici la fin de sa chronique :
 
Nous savons que ces destructions qui nous blessent sont un symptôme. Symptôme qui nous révèle, au-delà de la maladie wahhabite, des gens déréglés dépouillés du sentiment d’appartenance à la mémoire de nos lieux, cela même qui constitue l’attachement à la patrie, ce par quoi nos âmes vibrent à l’unisson. Symptôme à travers lequel nous diagnostiquons la politique maligne du parti islamiste an-Nahdha qui saura utiliser avec adresse le radicalisme destructeur des salafistes pour entretenir l’instabilité et le chaos afin de se présenter comme le recours de la stabilisation et de l’ordre. Ce qui transformera la transition en état d’exception. Ainsi pensent-ils perdurer dans l’exercice d’un pouvoir auquel ils sont parvenus certes par les urnes mais d’une manière provisoire et pour des tâches dont l’accomplissement était limité dans le temps. Sachant, par ailleurs, que le pays et le peuple les rejetteraient lors de prochaines consultations, ils craignent dès lors d’aller vers des élections qu’ils risquent de perdre. Aussi cherchent-ils à maintenir ouvertes les portes qui conduisent au pire. Mais gare aux apprentis sorciers ! L’histoire nous a appris que toute politique aventureuse et mal intentionnée finit par se retourner contre ceux qui l’ont initiée.

lundi 21 janvier 2013

Un peu d'éternité...


Dans la famille, nous venons de vivre une triste période puisque cet hiver a connu plusieurs deuils à la suite, c'est l'occasion pour moi de relater comment se passe ici ce moment douloureux ...

D'abord le deuil dure trois jours, l'inhumation se faisant le plus rapidement possible, dès le premier jour. Le corps du défunt est préparé, purifié puis enveloppé dans un linceul blanc avant d'être porté en terre , au cimetière , sous la conduite des hommes seuls .

Les femmes ne pourront se rendre au cimetière qu'à partir du lendemain .

Là , veille un vieil homme, un hajj qui connaît toutes les tombes et l'histoire des familles , car les tombes ne sont pas identifiables par un nom...

Les tombes des hommes sont reconnaissables aux deux pierres qui les cernent , l'une aux pieds, l'autre à la tête, pour les différencier de celle des femmes qui ont une pierre à la tête et l'autre au milieu du corps. Les défunts sont enterrés individuellement, les caveaux familiaux n'existent pas.

Pendant ces trois jours, la maison ne va pas désemplir puisqu'elle va recevoir sans arrêt famille , amis, voisins, connaissances venus présenter leurs condoléances selon la formule  rituelle "barka fik". Pendant ces trois jours, on ne fait pas de feu, donc pas de cuisine. On offre seulement de l'huile, du pain et du lait. Ce sont les voisins qui se chargent de la cuisine pour faire à manger à tout ce monde qui passe et vient soutenir la famille. Enfin le troisième jour, des hommes viennent réciter des prières pour clore cette période qui permettra à chacun de reprendre vie normale et activités.

Je n'ai pas pour habitude de visiter les cimetières, mais pour ce que je connais de la Tunisie, il y en a deux qui m'ont impressionnés.
L'un par sa beauté sublime, il s'agit du cimetière marin de Mahdia ... puisque les petites tombes et pierres blanches sont parsemées sur la pente douce qui descend jusqu’à la mer bleue, sur l'ancien site d’un port phénicien...

Et puis le cimetière de Douz qui se "cache" derrière une grande porte en centre ville et qui en même temps s'ouvre sur un immense territoire, un espèce de no man's land, lieu de recueillement mais aussi lieu de passage entre le centre et un autre quartier. Vie et mort se côtoient tranquillement . Là aussi , je ne sais pas pourquoi, une très grande beauté et sérénité en émane...

Le cimetière de Douz

 
... et à chaque visite à Douz, je ne manque pas de passer la tête par l'une des deux petites portes latérales ... Portes qui me rappellent aussi un roman de Danièle Sallenave "Les portes de Gubbio"...
« Il y a deux portes aux maisons de Gubbio : l'une est large, l'autre étroite, légèrement plus haute que le niveau de la rue ; l'une sert de passage aux vivants, l'autre de passage aux morts. Ma mémoire est semblable aux maisons de Gubbio, parfois cependant elle confond les deux portes..."