"Notre printemps est un printemps

Qui a raison "

Paul Eluard



vendredi 25 janvier 2013

La mémoire assassinée

Je reprends le titre d'une chronique de Abdelwahab Meddeb  pour ce post d'aujourd'hui qui est vraiment un coup de colère !
 
Dans mon précédent message, je faisais allusion à la beauté et à la sérénité du cimetière de Douz.
Or hier, le jour de la fête du Mouled, jour de la commémoration de la naissance du prophète Mahomet, le mausolée Sidi Ahmed el Gouth qui se trouve précisément dans le cimetière de Douz a été incendié...
Ce n'est hélas qu'un mausolée de plus dans la longue liste qui maintenant fait froid dans le dos...
En France, vous avez certainement entendu parler du mausolée de Sidi Bou Saïd détruit lui aussi et pour lequel l'Ambassade de France a immédiatement fait don de 10 000 dinars pour l'aide à la reconstruction.
 
 
Où et quand cette vague de violence qui touche le patrimoine culturel s'arrêtera-t-elle ?
Quelles mesures comptent prendre les autorités concernées ?
A qui le tour après les mausolées ?
 
Déjà la fête du Mouled qui a eu lieu hier et qui traditionnellement réunit les familles tunisiennes autour de la dégustation de l'Assida zgougou, une crème élaborée à partir de graines de pin d'Alep (je l'ai faite hier pour la première fois et bien réussie !) a été déclarée impie par certains prédicateurs  !
 
N'empêche que la société civile veille...
Je viens d'entendre parler d'un mouvement né sur les réseaux sociaux et appelé "Khallik Tounsi" qu'on peut traduire par Reste Tunisien ...
 
Toujours est il que patrimoine et culture sont aujourd'hui au centre des attaques des salafistes et extrémistes de tout poil , attaques qui visent à détruire systématiquement toute idendité tunisienne.
 
C'est la mémoire qu'on assassine ! Si vous n'avez pas le courage de lire l'article de Meddeb , voici la fin de sa chronique :
 
Nous savons que ces destructions qui nous blessent sont un symptôme. Symptôme qui nous révèle, au-delà de la maladie wahhabite, des gens déréglés dépouillés du sentiment d’appartenance à la mémoire de nos lieux, cela même qui constitue l’attachement à la patrie, ce par quoi nos âmes vibrent à l’unisson. Symptôme à travers lequel nous diagnostiquons la politique maligne du parti islamiste an-Nahdha qui saura utiliser avec adresse le radicalisme destructeur des salafistes pour entretenir l’instabilité et le chaos afin de se présenter comme le recours de la stabilisation et de l’ordre. Ce qui transformera la transition en état d’exception. Ainsi pensent-ils perdurer dans l’exercice d’un pouvoir auquel ils sont parvenus certes par les urnes mais d’une manière provisoire et pour des tâches dont l’accomplissement était limité dans le temps. Sachant, par ailleurs, que le pays et le peuple les rejetteraient lors de prochaines consultations, ils craignent dès lors d’aller vers des élections qu’ils risquent de perdre. Aussi cherchent-ils à maintenir ouvertes les portes qui conduisent au pire. Mais gare aux apprentis sorciers ! L’histoire nous a appris que toute politique aventureuse et mal intentionnée finit par se retourner contre ceux qui l’ont initiée.

lundi 21 janvier 2013

Un peu d'éternité...


Dans la famille, nous venons de vivre une triste période puisque cet hiver a connu plusieurs deuils à la suite, c'est l'occasion pour moi de relater comment se passe ici ce moment douloureux ...

D'abord le deuil dure trois jours, l'inhumation se faisant le plus rapidement possible, dès le premier jour. Le corps du défunt est préparé, purifié puis enveloppé dans un linceul blanc avant d'être porté en terre , au cimetière , sous la conduite des hommes seuls .

Les femmes ne pourront se rendre au cimetière qu'à partir du lendemain .

Là , veille un vieil homme, un hajj qui connaît toutes les tombes et l'histoire des familles , car les tombes ne sont pas identifiables par un nom...

Les tombes des hommes sont reconnaissables aux deux pierres qui les cernent , l'une aux pieds, l'autre à la tête, pour les différencier de celle des femmes qui ont une pierre à la tête et l'autre au milieu du corps. Les défunts sont enterrés individuellement, les caveaux familiaux n'existent pas.

Pendant ces trois jours, la maison ne va pas désemplir puisqu'elle va recevoir sans arrêt famille , amis, voisins, connaissances venus présenter leurs condoléances selon la formule  rituelle "barka fik". Pendant ces trois jours, on ne fait pas de feu, donc pas de cuisine. On offre seulement de l'huile, du pain et du lait. Ce sont les voisins qui se chargent de la cuisine pour faire à manger à tout ce monde qui passe et vient soutenir la famille. Enfin le troisième jour, des hommes viennent réciter des prières pour clore cette période qui permettra à chacun de reprendre vie normale et activités.

Je n'ai pas pour habitude de visiter les cimetières, mais pour ce que je connais de la Tunisie, il y en a deux qui m'ont impressionnés.
L'un par sa beauté sublime, il s'agit du cimetière marin de Mahdia ... puisque les petites tombes et pierres blanches sont parsemées sur la pente douce qui descend jusqu’à la mer bleue, sur l'ancien site d’un port phénicien...

Et puis le cimetière de Douz qui se "cache" derrière une grande porte en centre ville et qui en même temps s'ouvre sur un immense territoire, un espèce de no man's land, lieu de recueillement mais aussi lieu de passage entre le centre et un autre quartier. Vie et mort se côtoient tranquillement . Là aussi , je ne sais pas pourquoi, une très grande beauté et sérénité en émane...

Le cimetière de Douz

 
... et à chaque visite à Douz, je ne manque pas de passer la tête par l'une des deux petites portes latérales ... Portes qui me rappellent aussi un roman de Danièle Sallenave "Les portes de Gubbio"...
« Il y a deux portes aux maisons de Gubbio : l'une est large, l'autre étroite, légèrement plus haute que le niveau de la rue ; l'une sert de passage aux vivants, l'autre de passage aux morts. Ma mémoire est semblable aux maisons de Gubbio, parfois cependant elle confond les deux portes..."

lundi 14 janvier 2013

WillisFromTunis

14 janvier 2013 - An 2 de la Révolution

A mon chat préféré Willis (bien sûr après Moustik , Mousse, Virgule, Blaireau ...) , merci pour ces dessins qui jalonnent la vie tunisienne et nous donnent l'occasion de rire et de sourire ...

 

samedi 12 janvier 2013

Amer anniversaire

Amer anniversaire pour ce 14 janvier à venir ...
2 ans après la Révolution, le coeur n'est pas à la fête, loin de là...
 
Sur fond d'affaires troubles, de violences, de remaniement ministériel sans cesse reporté, de vie chère, de pénurie, d'insécurité,  de régression dans bon nombre de domaines, le programme de la célébration officielle reste flou...
Seul événement marquant , l'ouverture gratuite des musées du 14 au 16 janvier....
Les partis politiques et les associations proposent de nombreuses manifestations festives et culturelles mais aussi des réunions publiques...
 
Mais il faut dire que dans tout le pays existent de nombreux foyers d'embrasement, dans le centre du pays, berceau de la Révolution, à Kasserine, à Thala, au Kef mais aussi depuis plusieurs jours au sud à Gabès, Ben Guerdane ...
 
Pour faire le point sur la situation, 2 ans après la Révolution lire l'article paru dans "Opinion Internationale"
Et rien de mieux qu'un peu d'humour noir pour résumer la situation ...
 
Dessin de WillisfromTunis
 

mercredi 2 janvier 2013

Les voeux des Tunisiens ...

Si Noël n'est pas fêté par les Tunisiens, il n'en est pas de même pour le Nouvel An...
 
Sous le titre "A quoi rêvent les Tunisiens", la journaliste Amel Djait s'essaie à répondre à cette question de façon lucide et désabusée... A lire en intégralité dans Webmanagercenter

"Le jour de l'An est un jour comme un autre. Il a été juste un peu plus chaleureux, plus sucré ou arrosé. Les Tunisiens l’ont fêté avec des gâteaux et des poulets rôtis, des soirées en famille et des sorties entre amis. Ils ont oublié, le temps d’une soirée, la morosité ambiante et la crise économique qui plombent leur moral et couffin....
 
...A part leur survie, que veulent les Tunisiens pour 2013? Faut-il être devin pour l’imaginer? Des valeurs, du boulot, de l’espoir, des touristes, de la paix, du dialogue, de la sérénité, de la justice, de la dignité, de la reconnaissance… Ils veulent manger, travailler, boire , avoir chaud et se faire soigner…
 
...En fait, alors que l’ANC continue son solo, que le gouvernement s’embourbe dans un remaniement attendu depuis juillet 2012, et éclaboussé par des scandales et que la présidence de la République est malmené par un jeu qu’elle ne maîtrise pas, les Tunisiens veulent des trottoirs sur lesquels ils peuvent marcher en paix, de salles de cinéma et des hôpitaux dans toutes les villes; ils veulent se faire soigner et réclament des vitres dans les écoles pour protéger les petits des vents et du froid … Ils aspirent à un pays où le kilo de poivrons n’est pas à 3 dinars et où il ne faut pas avoir des relations privilégiées pour obtenir un berlingot de lait!
Alors qu’ils prennent connaissance des effets pervers de la société de consommation, du long chemin qu’ils vont devoir traverser, les Tunisiens prennent conscience des limites des promesses qui leur ont été faites. Ils savent surtout que celles-ci ne s’effaceront hélas peut-être qu’avec d’autres… promesses …
Sauf que cette fois-ci, ils ne croient plus en personne… Pire, ils ne croient même plus en eux-mêmes!"