"Notre printemps est un printemps

Qui a raison "

Paul Eluard



samedi 14 septembre 2013

La Djerba ibadite


Je vous livre ici un bel article d'histoire pour mieux comprendre ce qui faisait jusqu'alors le charme de Djerba : les nombreuses mosquées (plus de 300) au cœur de l'organisation sociale de l'île, leur rôle, leur apport architectural,  leur diversité donnaient au paysage un irrésistible charme engageant à la sérénité et à la réflexion, voire à la méditation... C'est aussi à l'origine cette religion ibadite qui a en partie forgé le caractère des djerbiens : indépendance, austérité, discrétion, tolérance ...

Cet article, dû à Karim Maamer, est à lire absolument et intégralement sur le blog de Richard Barnat  : "L'ibadisme à la base de l'identité des Jerbiens"


"Les mosquées de Jerba sont petites tailles, de dimension quasi-familiale ou de quartier, dispersées à travers le territoire, aux carrefours des sentiers. Elles relient les lieux d’habitation. Elles sont un lieu de passage obligé, de rencontre et d’observation. Elle sert à la fois de lieu pour l’éducation et la formation,  de point d’eau et de soin, d’état civil et d’information, de rencontre et de surveillance, d’accueil et de logis, de perception de la "zakat" (impôt religieux) et de sa redistribution. Dans la mosquée, la présence humaine y est quasi-permanente... 

Certaines mosquées faisaient office de grandes écoles, tel Jamâ Fadhloun réputé pour son enseignement des mathématiques, de la géométrie euclidienne et des savoirs comme celui du bâtiment et de la construction, qu’on disait transmis de l'Egypte ancienne. En plus du rôle social et éducatif, la mosquée assure aussi la surveillance et à la défense du territoire. Tout autour de son littoral, les lieux saints en bord de mer jouaient un rôle de surveillance des côtes.  Certaines mosquées sont renforcées, conçues pour tenir un siège. D’autres sont souterraines pour assurer la pérennité de la vie spirituelle, en cas d'attaque extérieure.

Sidi Satouri
 
Le culte est au cœur de l’organisation sociale. Il n’y a pas dans l’île de Jerba une tradition de l’autorité centrale et d’une puissance publique. 
Ce rôle est tenu par les mosquées qui assurent de manière décentralisée plusieurs fonctions : 
de sentinelle, de contrôle social, d’éducation, d’état civil, d’information, des soins, d’archivage, de mémoire …  
Dans cette organisation du pouvoir, il y a incontestablement l’influence ibadite qui a élaboré une doctrine originale de gouvernance...

Mosquée Fadlhoun
 
Abdullah ibn at-Tamimi développe à Oman, une pensée religieuse se référant au seul Coran. La notion de « commandeur des croyants » est contestée parce que chaque croyant a sa spiritualité en Dieu. Le pouvoir est communautaire et partagé. Il ne s’hérite pas. Les Ibadites ont apporté une vision nouvelle dans la pratique religieuse et l’exercice du pouvoir. 
Si le gouverneur est tyrannique, son renversement devient légitime. L’imam est un croyant parmi les autres. Il guide et dirige la prière mais il n’est pas attitré d'une fonction officielle.
Les ibadites ont apporté une vision nouvelle de cohésion communautaire et une nouvelle approche dans l’exercice du pouvoir, les pratiques religieuses et sociales, dans la construction et dans l’architecture ... privilégiant la fonctionnalité et rejetant l'ostentation en tout. 
Les Ibadites ont apporté des particularités à la culture musulmane mais ils se sont fondus dans les identités nationales et dans la pratique religieuse de l’Islam dominante.

Le patrimoine Ibadite de Jerba est peu connu, alors qu’il est le plus ancien, puisque dès 665, l’île est sous influence kharéjite."

Que reste-t-il aujourd’hui des ibadites ?

"Ce patrimoine s’est fortement dégradé. Faute de soutien public, les nouveaux habitants de Jerba ne puisent pas leur inspiration dans leur héritage ibadite. Ils reproduisent les modèles de l’architecture maghrébine,  de mosquées à haut minaret ...

Les connaissances de la doctrine, des valeurs sociales, de l’art architectural ou de la tenue vestimentaire ne se transmettent  plus.

L’Islam de Jerba évolue en puisant dans des influences venues d'ailleurs (d'Arabie pour l'essentiel), en délaissant ses racines et sa doctrine de tolérance, de démocratie, de modestie, de discrétion, d’égalité … en un mot il se wahhabise !"

vendredi 13 septembre 2013

Quel été à Djerba ?

Mon été ne fut pas djerbien, hélas ! Mais les ami(e)s et relations restés sur place m'ont fait un résumé de la situation que l'on pourrait résumer ainsi : de nombreux touristes mais qui sont dissuadés par les hôteliers de sortir de leur périmètre, des nationalités moins visibles tels que français, allemands, montée en charge des tchèques et de nouveau beaucoup, beaucoup de libyens ... avec les corollaires suivants : montée des prix des nuitées d'hôtels et des locations pour les tunisiens !

Pour en savoir plus, lire l'article de Amel Djaït "La vérité sur la saison touristique"

4,2 millions de touristes sont entrés sur le territoire tunisien pour ces huit premiers mois de 2013, selon les dernières statistiques révélées par le ministre du Tourisme, Jamel Gamra. Les recettes ont atteint 2 milliards de dinars.
L’autre façon de voir les choses est de préciser qu’au 20 août 2013 et par rapport à la même date de 2010, la Tunisie a enregistré un recul des nuitées de 20,9%, une diminution des entrées des Européens de 24,2% et des Maghrébins de 2,9% (Algériens : -28,1%). Les recettes touristiques ont diminué de 11,6% en dinars tunisiens et 21,2% en euros.



Quant à Djerba rien de mieux que l'analyse de Naceur Bouabid qui fait état d'un bilan mitigé  entre affluence touristique et incapacité pour l'île d'accueillir ses touristes dans de bonnes conditions  : problème de l'attente des bacs à Djorf , problèmes récurrents d'approvisionnement en eau, problèmes non résolus des ordures ménagères et plus généralement de pollution de l'environnement.

Face à cette affluence  salutaire, somme toute prévue et prévisible, de ces dizaines de milliers de visiteurs, que leur a réservé Djerba pour être à la hauteur de leurs attentes, pour ne pas les décevoir, pour être digne de sa renommée et de sa notoriété ? Toutes les conditions de satisfaction étaient censées être réunies pour assurer aux hôtes de l’île  la douceur recherchée, la beauté coutumière, la sécurité et la propreté, n’en a-t-elle pas la réputation ?, Mais l’humain, de l’ouvrier municipal, au gouverneur, aux ministres, dans l’accomplissement de leurs prérogatives et dans la prestation des services, a décidé autrement, prédestinant d’emblée la gestion de la saison estivale à un échec annoncé.