"Notre printemps est un printemps

Qui a raison "

Paul Eluard



vendredi 8 novembre 2013

Ras el Am : les poupées effraient les extrémistes !


Ce mardi 5 novembre les musulmans fêtaient le Nouvel An de l’Hégire.
Pour rappel, l’Hégire est en arabe synonyme d’exil, de rupture et de séparation. Mahomet et ses compagnons quittent La Mecque pour Médine. Mahomet attend rompre avec le paganisme et un modèle de société basé sur le système clanique pour promouvoir un modèle de communauté de croyance où tout le monde est censé être à égalité, être « frère », en prenant soin de ne pas laisser à l’abandon le faible ou le démuni. Le calendrier musulman démarre donc à cette date en 622.
Ce préambule pour dire qu’à chaque fête religieuse, les tunisiens associent avec plaisir une tradition culinaire. Cela diffère bien sûr selon les régions. Pour le Nouvel An, c’est le couscous au « kadid » qui apparait sur les tables. Couscous fait avec de la viande séchée, mais pas n’importe laquelle, celle que l’on a pris soin de conserver du sacrifice du mouton de l’Aïd el Kebir et dont la symbolique est de faire la transition entre l’an passé et l’année nouvelle.
Le kadid,  j’en confectionne à tout moment de l’année. Cette viande séchée permet de parfumer les plats surtout ceux de légumes secs. Très simple à préparer, il suffit de la couper en lanière, de la faire macérer pendant une nuit dans des épices (ail, tabel, harissa, huile) puis de la faire sécher plusieurs jours au soleil en la suspendant sur une corde à linge (attention à la pluie !). Elle peut ainsi se conserver pendant des mois.
A  Djerba, pour la fête de l’Hégire, on consomme aussi la « mhamess au kadid » une soupe épaisse avec notamment des pois chiches, des fèves et  de la viande séchée. Un plat liquide pour que la nouvelle année coule sans problèmes...
Mais je viens de découvrir une tradition qui vient de Nabeul et que je ne connaissais pas bien qu’elle fasse l’objet d’un festival. Il s’agit des poupées de sucre.
 
Photo toutelatunisie.com

Tradition païenne ou sicilienne, qu’importe. En tout cas elle semble bien ancrée dans la vie de cette ville : les parents offrent aux enfants des « methred », des plats sur pied rempli de fruits secs et de confiserie sur lesquels trône une statuette de sucre moulé, coloré et pailleté. Poupées (pour les filles ) mais  aussi cavaliers,  coqs,  poissons etc… les confiseurs redoublent d'imagination pour ce festival de couleurs et de gourmandise! 
Pour tout savoir sur cette tradition , lire l’article suivant  illustré par des photos de  Anis Lassoued , un cinéaste qui a  réalisé un documentaire sur ce sujet. Ces poupées sont revenues d’actualité puisque cette année elles ont été la cible des imams rigoristes qui ont obligé à l’annulation du festival des poupées de sucre…
Mais heureusement les traditions sont faites pour perdurer et espérons que les enfants de Nabeul pourront encore pendant longtemps se délecter de sucreries et perdre leurs regards dans ces gourmandises colorées ...   
Photo Lycée Carnot Tunis